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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 17:08

Savoir-faire classique

 

Jean-Laurent Cochet va à contre courant de la mode théâtrale avec « la Reine morte ». Plutôt que de moderniser un texte classique et surreprésenté, il en déniche un que l’on avait oublié, et le met en scène sobrement. Nous pouvons ainsi découvrir l’écriture de Montherlant, avec son ironie, son humour, son sens du tragique et du pathétique. Une gamme d’émotions que la troupe de comédiens interprète sans fausses notes.

 

La mise en scène est soignée et non intrusive. Quelques chaises aux allures royales, une impression de dorures et de richesse suffisent à planter le décor, et laissent la place de choix au texte et aux acteurs.


À partir du canevas d’une tragédie espagnole du xvie siècle, Montherlant écrit une pièce très intime, avec pour thème principal le paradoxe de l’amour, qu’il soit filial, charnel ou platonique. Un père, roi du Portugal, ne sait pas comment aimer son fils, car celui-ci ne lui ressemble pas suffisamment. Une jeune femme, l’infante et promise du prince, préfère le patriotisme et l’attrait du pouvoir politique à toute autre forme d’affection. Le prince du Portugal, consumé par son amour pour une femme qui ne lui est pas destinée (Inès de Castro) et par son rapport conflictuel avec son père, semble dépassé par les évènements dont il est le centre. Seule Inès de Castro, sûre de la légitimité de son amour et de sa transparence morale, peut affronter les faits avec une sincérité et une lucidité qui font d’elle l’héroïne tragique idéale.


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« la Reine morte » | © Lot


Mais le personnage principal reste le roi du Portugal, magistralement interprété par Jean-Laurent Cochet (malgré des petites imprécisions d’articulation qui lui sont vite pardonnées). Lorsqu’il entre en scène, l’on se demande vraiment si ce vieillard si fatigué et fragile ne va pas subitement mourir d’une crise cardiaque sur le plateau. Chaque souffle de ce roi chancelant semble indiquer sa mort, mais la limite entre acteur et personnage est brouillée tant ce souffle sonne vrai. Une vraie leçon de jeu, de la part de ce professeur émérite, manifestement toujours éperdument amoureux de la scène. Parmi les autres acteurs, on peut noter la prestation limpide de l’infante, et celle nuancée et sincère d’Inès de Castro.


Jean-Laurent Cochet nous rappelle ce qu’est le théâtre simple, honnête et classique. Il nous régale de mots, de jeux de mots et de sagesse en nous faisant redécouvrir la langue de Montherlant. Son amour du théâtre est contagieux, son savoir-faire n’est plus à prouver, la Reine morte est ressuscitée. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Reine morte, d’Henry de Montherlant

Compagnie Jean-Laurent-Cochet • 75, rue Taitbout • 75009 Paris

01 49 95 01 93

www.jeanlaurentcochet.com

Mise en scène : Jean-Laurent Cochet

Avec : Jean-Laurent Cochet, Xavier Delambre, Pierre Delavène, Frédéric Guignot, Christophe Boutellier, William Beaudenon, Thierry Bertomeu, Axel Blind, Élisabeth Ventura

Théâtre 14 - Jean-Marie-Serreau • 20, avenue Marc-Sangnier • 75014 Paris

Réservations : 01 45 45 49 77

Du 4 mars au 19 avril 2008, mardi, mercredi, vendredi à 20 h 30, jeudi à 19 h, samedi à 16 h et 20 h

23 € | 16 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

roland 25/06/2009 03:10

« Avoir écrit La Reine Morte suffit à justifier une vie » (Maurice Maeterlinck)

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