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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 15:19

Un huis clos historico-poétique


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Ça souffle au Paradis. La salle haute du théâtre du Lucernaire présente une pièce d’Alain Foix écrite en 2005 en hommage une féministe et militante des droits de l’homme, la Guadeloupéenne Gerty Achimède. Si « Pas de prison pour le vent » manque parfois de souffle, on se laisse cependant séduire par des portraits de femmes qui respirent l’humanité.

Créée en hommage à Gerty Archimède à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa mort, la pièce se construit autour des Mémoires d’Angela Davis. Les deux femmes se sont en effet rencontrées en Guadeloupe alors qu’Angela, proche des Black Panthers et recherchée par le F.B.I., est mise en « liberté surveillée » sur l’île, à Basse Terre. Me Gerty Archimède par solidarité idéologique – toutes deux sont communistes – la défend et l’abrite dans sa villa de Cocoyer où elle vit avec sa sœur cadette, une religieuse, un homme à tout faire et le vent. Le vent qui ne cesse de battre, tantôt image de l’amour, tantôt de la liberté, le vent de l’esprit qui s’insinue partout, le vent qui détruit et ravage ou le vent simple élément naturel. À chacune son vent, tout dépend de qui l’appréhende.

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© Alain Foix

L’image est bien trouvée. Elle est le ressort dramatique et le motif qui structure ce huis clos historico-poétique. Le souffle du vent influence le rapport entre ces trois femmes et fait se dérouler le texte. Les jeux de mots, les allitérations, les répétitions et variations sur un thème sont en effet pour Alain Foix un principe d’écriture. C’est souvent brillant, et pourtant on en vient presque à espérer des silences, des pauses poétiques, des moments de « simple prose» qui nous laissent respirer, faute de quoi la pièce prend l’allure d’un long morceau de bravoure. Les répliques deviennent aphorismes et bons mots. En lecture, le texte doit être très beau, mais, joué, il peine à maintenir l’attention. D’autant plus que les actrices ont des rôles un peu figés : l’échange ne prend pas, elles n’évoluent que peu et semblent ne pas jouer l’une avec l’autre.

C’est malheureux, car la mise en scène est très réussie. Les entrées, les sorties et les déplacements sont, malgré la petitesse da la salle, fort bien chorégraphiés. Les transitions en musique (jouée à la guitare par Alain Eithnard alias Joachim, l’homme à tout faire) donnent à la fois du rythme et une atmosphère. Le décor, enfin, bien que limité à quelques accessoires (une table, deux chaises, des couleurs vives), est suffisamment évocateur.

Le spectacle aurait gagné à être plus nuancé : des variations dans le style, dans le jeu des actrices, un peu plus de fluidité, en somme, eurent achevé d’emporter notre enthousiasme, car la rencontre de ces deux femmes de cœur ne peut laisser indifférent. L’émotion passe malgré tout. « Il n’y a pas de prison pour le vent. » 

Cédric Enjalbert


Pas de prison pour le vent, d’Alain Foix

Mise en scène : Antoine Bourseiller, assisté de Gilbert Laumord

Avec : Marie-Noëlle Eusèbe, Sonia Floire, Mariann Matheus, Alain Aithnard

Costume et scénograhie : Antoine Bourseiller

Son : Jean-Baptiste Barrière

Théâtre Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservation : 01 42 22 66 87

www.lucernaire.com

Du 17 octobre 2007 au 15 mars 2008, du mardi au samedi à 19 heures

Durée : 1 h 30

15 € | 20 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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