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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 23:50

Match nul pour Hercule


Par Louise Pasteau

Les Trois Coups.com


Noir et blanc. Un plateau coupé de couleurs, en deux pour raconter le couple : l’ambivalence de l’amour et de la haine. Pour raconter la mort d’Héraclès. Tout commence par l’absence du père au foyer, par l’attente de cet l’homme qui ne revient pas et que l’on suppose donc en aimer une autre. Malade de jalousie et de suspicion, Déjanire, la femme d’Héraclès, sur de pernicieux conseils, fait parvenir à son mari un filtre qui se révélera poison. Elle apprend que, à défaut de le reconquérir, elle l’envoie à la mort. Elle se tue.

Ce qu’il y a d’intéressant dans la direction prise par Georges Lavaudant, c’est que l’angoisse n’est pas criée, mais comme étouffée par un mouchoir. Aussi, l’exposition du mythe, dans cette tragique retenue, aurait très bien pu se révéler extrêmement violente. Si la tension avait été à son comble, la sobriété du jeu et la façon dont s’élabore le spectacle auraient parfaitement pu nous amener à l’extase : quand on n’ose plus avaler sa salive tellement ce qui se passe sur le plateau est puissant.

Seulement, les comédiens ébauchent la trame et ne nous émeuvent que par sursauts. Les corps ne frémissent pas suffisamment pour que la chair nous tremble. L’espace n’est pas rempli. Le caractère mythologique du propos se défait au fur et à mesure ; la cigarette et le bruit d’un moteur désynchronisent, décalent la temporalité et, du coup, rapetissent le monde qui pourrait s’étendre au-dehors du théâtre. Ainsi, le texte de Sophocle s’étale et se révèle comme la résurgence d’un temps qui n’est plus le nôtre et dont les mots ne nous parviennent guère.

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« La Mort d’Hercule », de Sophocle

C’est dommage parce que certaines images sont belles : le miroir, à jardin, reflète merveilleusement âme et lumière ; une douche d’eau pleure avant même que ne soit dite la mort d’Héraclès ; le sang sur le poignet de Déjanire est parfait tant il raconte simplement la tragédie de cette femme. « Dêïanéïra signifie en effet, selon une étymologie populaire, “celle qui tue (ou consume) son époux”. Ce nom est aussi propre qu’il est fatal – il la désigne exactement, il résume l’acte essentiel de son existence. » À cet égard, Lavaudant désigne cette fatalité avec une extrême justesse, mais ne la raconte malheureusement pas avec assez de vigueur.

La première partie se termine sous la houlette d’un chef d’orchestre, que l’on aperçoit, depuis le début, gesticulant en noir et blanc sur l’écran d’une télévision à cour, et dont le son est coupé. C’est d’ailleurs, là aussi, un effet qui fonctionne : rendre muet celui qui se médiatise pour que, à l’image de Déjanire – la femme jalouse qui attend, l’épouse qui suppose – l’on s’imagine la musique. Le son des applaudissements explose alors comme la réalisation de ce qui s’est passé. Comme la chute brutale de la fabulation, avec la violence de la conséquence de l’acte passionné, du malgré soi et du non-réfléchi. Cela aurait pu être un tourbillon. Seulement le tout n’est pas lié. L’ensemble se maintient, mais ne progresse pas véritablement vers un point de rupture qui se serait révélé dramatiquement nécessaire.

À la fin, la mort d’Héraclès se détache clairement du reste sans pour autant vraiment émerger : les accoutrements du héros à l’agonie nous questionnent plus qu’ils ne nous signifient. La fin est bâtarde. Peut-être comme la mort. Peut-être. 

Louise Pasteau


La Mort d’Hercule, de Sophocle

D’après les Trachiniennes de Sophocle

Textes français : Daniel Loayza

Mise en scène : Georges Lavaudant

Avec : Astrid Bas, Laurent Ménoret, André Wilms, Grigoris Vassilas et la présence de Danya Belaïd

Dramaturgie : Daniel Loayza

Scénographie, costumes : Jean-Pierre Vergier

Son : Jean-Louis Imbert

Lumières : Georges Lavaudant

Maquillage : Sylvie Cailler

Coproduction M.C.93 Bobigny, M.C.2 maison de la culture de Grenoble, LG Théâtre, avec la participation du Jeune Théâtre national

M.C.93 Bobigny • 1, boulevard Lénine • 93000 Bobigny

Location : 01 41 60 72 72

contact@MC93.com

Du 20 janvier au 24 février 2008, salle Christian-Bourgois du mercredi au samedi à 20 h 30, dimanche à 19 heures

Durée : 2 heures

De 13 € à 27 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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