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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 21:02

Une mise en scène et des acteurs incroyables

pour une adaptation moins réussie

 

Romain Gary a reçu le prix Goncourt en 1975 pour son roman « la Vie devant soi ». Nous assistons ici à son adaptation théâtrale. Un pari osé, compte tenu de la richesse de cette œuvre.

 

Mohammed, dit Momo, est un enfant de prostituée. Celle-ci ne pouvant pas s’en occuper, il est élevé par Mme Rosa, qui se fait vieille et qui souffle dans les escaliers. C’est justement le problème de Momo. Il a peur d’être séparé de cette mère d’adoption, seule source d’amour. Mais il s’agit surtout d’une fable sur la tolérance. Momo est arabe, Mme Rosa, une juive déportée à Auschwitz. Et elle va lui apprendre que l’essentiel n’est pas dans la religion ou la « race », mais dans la compréhension.


Dans le roman, Romain Gary avait choisi un point de vue narratif interne. D’une part, tous les évènements étaient perçus par Momo. L’adaptation au théâtre relève donc d’un vrai défi étant donné qu’il faut créer le texte des autres personnages. D’autre part, dans le roman, le lecteur suit l’évolution de Momo entre ses quatre et ses quinze ans. Difficulté supplémentaire pour le théâtre, qui possède intrinsèquement des contraintes de temps et d’espace.


Si je parle tant du roman, c’est parce qu’il m’est apparu que dans mon appréciation du spectacle, deux éléments jouaient : l’adaptation du roman et le spectacle en tant que tel. Le spectacle est magnifique. Didier Long crée une atmosphère presque onirique grâce à des pans de murs en tissu qui révèlent les personnages uniquement grâce au jeu de lumières. L’intérieur de Mme Rosa ressemble merveilleusement à celui qu’on pourrait imaginer en lisant le livre.


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« la Vie devant soi » | © D.R.


Les acteurs servent admirablement l’histoire. Myriam Boyer est incroyable de sensibilité et de sincérité. Chaque mot qu’elle prononce est habité. Elle nous met presque mal à l’aise tant elle incarne magnifiquement Mme Rosa. Quant au jeune Aymen Saïdi, il confirme le potentiel qu’on lui pressentait. Il joue avec beaucoup de naturel, et n’hésite pas à se mettre à nu. Il se laisse parfois un peu trop emporter par les cris, mais son émotion est telle qu’on lui pardonne aisément. De son côté, Xavier Jaillard incarne le docteur de manière juste et sensible. Magid Bouali souffre, lui, de son arrivée tardive dans la pièce et paraît un peu en retrait, moins naturel que les autres.


Cependant, si la pièce dans son ensemble est une réussite, l’adaptation pose quelques problèmes. J’évoquais précédemment la difficulté de la chronologie. Dans la pièce, Momo est un jeune adolescent, mais il s’exprime toujours comme un enfant, de telle sorte que sa naïveté semble parfois décalée par rapport à son âge. En outre, certaines idées sont abordées soudainement et mal explicitées, comme l’image de la lionne. Dans le livre, en effet, la lionne est censée représenter la mère, qui protège ses enfants. C’est pour cela que Momo en rêve tous les soirs. Mais, sur le plateau, ce lien est très mal expliqué. Par conséquent, on ne comprend pas bien son importance et on a l’impression que Momo rêve d’une femme, avec les suites que cela implique, ce qui n’est pas du tout le sujet de la pièce.


Il en est de même pour l’ami Arthur, qui apparaît sans explication, ou encore les autres femmes que rencontre Momo, ses mères de substitution, qu’il mentionne dans la pièce sans qu’on comprenne réellement les motivations de ses relations avec elles. La fin aussi paraît mal exploitée. La scène du pique-nique, par exemple, passe à toute allure. Paradoxalement, on souffre de quelques longueurs dans le dernier tiers de la pièce. La question est de savoir si cette pièce s’adresse uniquement aux personnes qui ont lu le roman, car c’est l’impression qui prédomine.


Pour conclure, je dirai que cette pièce est d’une grande qualité, mais qu’elle pourrait être améliorée dans le tissu dramatique pour faciliter sa compréhension et la rendre plus efficace. 


Anne-Laure Fournier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Vie devant soi, d’après Romain Gary (Émile Ajar)

Adaptation : Xavier Jaillard

Mise en scène : Didier Long

Assistante à la mise en scène : Anne Rotemberg

Avec : Myriam Boyer, Aymen Saïdi, Magid Bouali, Xavier Jaillard

Décor : Jean-Michel Adam

Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz

Lumière : Gaëlle de Malglaive

Musique : François Peyrony

Théâtre Marigny - Robert-Hossein, salle Popesco • Carré Marigny • 75008 Paris

Réservations : 01 53 96 70 20

Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 16 h 30

Durée : 2 heures

47 € | 41 € | 34 € | collectivités 36 € | 30 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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