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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 21:47

Jusqu’à en avoir la gorge serrée

 

« Les Larmes amères de Petra von Kant », une mise en scène tout en finesse et en émotion de l’œuvre majeure de R. W. Fassbinder.

 

Une styliste de mode très renommée, Petra von Kant vit avec sa servante, Marlène, dont elle a fait son esclave. Petra est une belle femme, froide et dure. Sa vie va se transformer le jour où elle rencontre Karin, dont elle tombe immédiatement amoureuse. Elle lui propose de faire d’elle un grand mannequin et, par la même occasion, de s’installer chez elle.


La scène est volontairement ceinturée de rideaux pour créer une atmosphère étouffante. Car il s’agit d’un huis clos. Un huis clos entre femmes. La première sensation est étrange. Marlène, la servante, n’a pas figure humaine. Elle oscille entre poupée de cire et automate. Le malaise qui émane d’elle reflète celui de sa maîtresse. Cependant, elle demeure le seul élément fixe de la pièce, celui qui permettra de mesurer l’effondrement de Petra.


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« les Larmes amères de Petra von Kant » | © D.R.


Petra est une femme d’affaires, qui gagne beaucoup d’argent et dont la réussite ne tient qu’à elle-même. Mais sa relation avec Karin va la réduire au néant. À cet égard, elle porte à Karin un amour passionnel. Elle ne peut se passer d’elle et lui réclame autant qu’elle donne. La jeune Karin n’est pas cruelle, mais ne ressent pas le même amour. Le nœud de la pièce repose sur ce rapport dominant/dominé au sein du couple. Est-ce que Karin profite simplement de Petra ou l’aime-t-elle vraiment, mais à sa façon ? Est-ce que l’amour de Petra pour Karin n’est pas intrinsèquement destructeur, car porté par le désir de possession ?


La force de cette mise en scène repose justement sur une grande subtilité dans les sentiments des personnages. Rien n’est établi une fois pour toutes. Le spectateur, en effet, observe la vie de ces deux femmes et ne peut en aucun cas juger l’une ou l’autre. Alors que trop souvent cette pièce est marquée par la dichotomie entre une femme qui profite et l’autre qui se fait avoir, on comprend ici toute l’ambiguïté des relations amoureuses. Quand on aime passionnément, on est prêt à tout, quitte à devenir le jouet de l’autre. On le regrette, c’est malsain, mais c’est comme ça. Or cet amour est par essence voué à l’échec.


Enfin, la réussite de cette pièce provient également du jeu tout en finesse de la comédienne qui interprète Petra. Elle vainc l’écueil de tomber dans le pathos. On ressent son désarroi jusqu’à en avoir la gorge serrée. Elle est accompagnée par de bons seconds rôles, mais pas totalement à sa mesure. Il est rare au théâtre de ressentir autant d’émotions que j’en ai ressenties ce soir là. 


Anne-Laure Fournier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Larmes amères de Petra von Kant, de Rainer Werner Fassbinder

Compagnie L’Autre Mémoire • 11, rue Camille-Desmoulins • 75011 Paris

01 76 00 93 70

lautrememoire@hotmail.fr

Mise en scène : François Tardi et Anne-Laure Wagret

Traduction : Claire Wagret

Avec : Mathilde Aubert, Sylvette Bagnaud, Fanny Filodeau, Krystell Lebrun, Irina Recoules, Anne-Laure Wagret

Le Passage vers les étoiles • 17, cité Joly • 75011 Paris

Réservations : 01 43 38 83 45

Les jeudi, vendredi et samedi du 21 février au 8 mars 2008 à 19 heures

Durée : 1 h 30

15 € | 12 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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