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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 21:50

Un rafraîchissement thérapeutique

 

Une voix chaude, un piano, un mur de pierre léché par une lumière rasante dans une salle voûtée, Stéphane Corbin nous invite à un voyage intime au Théâtre Essaïon.

 

undefinedStéphane Corbin le dit lui-même : ses chansons ne prétendent pas changer le monde, mais le rêver meilleur. À première écoute, nous pourrions croire que ses très beaux textes, sa voix qui passe de la confidence à la puissance en quelques instants, son jeu au piano tout en nuances, cachent mal un esprit un peu naïf, fleur bleue de doux rêveur. D’aucuns le diront. Mais, à bien y écouter, nous découvrons une âme qui se met à nu, qui croque les petites anecdotes du quotidien – réelles ou imaginaires, qu’importe puisqu’elles sont vraies – et qui touche. Il est des dévoilements qui sont des révélations.


Corbin raconte, se raconte. Parfois un peu longuement, toujours avec justesse. Il manie les mots avec talent, évoque avec saveur des souvenirs qui pourraient aussi être les nôtres (ah ! ce bol marqué de son prénom qui rappelle comment l’on s’appelle quand vient la gueule de bois ou la vieillesse), passe de la confidence émue au bon mot, de la tendresse au désir violent, nous transporte des larmes au rire. Charmeur à la voix chaude, il enchante. Dans la douceur tamisée d’une soirée entre amis, il prend les accents d’un Renaud ou d’un Dutronc, évoque sa rencontre avec Cabrel lors d’un stage à Astaffort. Avec une émotion partagée, il réveille sa découverte adolescente du concert de Vartan chantant, de retour à Sofia en 1990, Oblache le bialo, prière d’un exilé demandant à un petit nuage blanc de lui donner des nouvelles du pays.


Cet univers familier dans lequel Corbin nous fait entrer est celui de l’enfant qui affronte ses peurs, fait l’école buissonnière… Celui de l’adolescent qui se construit contre, contre l’enfant qu’il était et qui disparaît… De l’adulte qui vit nombre de vies, oscille entre prince et voyou, est blessé de ses ruptures, de ses deuils, essaye de vivre chaque instant comme un enchantement… Le talent de Corbin, et c’est un talent rare, n’est pas de réenchanter notre monde, mais de faire surgir au creux de notre quotidien l’enfant enfoui en nous.


Si certaines causes qu’il défend semblent perdues – et il en convient –, nous pouvons le rassurer : la poésie et le rêve sont des leviers insoupçonnés pour transformer notre monde, par chaque adulte réconcilié avec l’enfant qui sommeillait en lui. Chaque lundi, ce rafraîchissement devient thérapeutique. 


Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Stéphane Corbin, les murmures du temps

Lumières : Xavier Ferry

Son : Claude Saadi

Durée : 1 h 30

Théâtre Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

Jusqu’au 28 avril 2008, tous les lundis à 21 h 30

15 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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