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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 22:10

Intense retour à la citadelle


Par Maud Sérusclat

Les Trois Coups.com


Après « Juste la fin du monde » et « les Règles du savoir-vivre dans la société moderne » en octobre, la Franche-Comté accueillait ce soir au Granit de Belfort « Retour à la citadelle », de Jean-Luc Lagarce. Évidemment, j’y étais. Évidemment, c’était bouleversant.

Vous connaissez déjà mon irrépressible fascination pour l’œuvre de Lagarce. Je me suis rendue au Granit ce soir avec la petite appréhension légitime que l’on promène avec soi lorsqu’on va revoir quelqu’un qu’on a aimé. Avant. Cette petite crainte muette d’être déçue, de ne plus vibrer autant que la première fois. Parce que cette pièce, comme Juste la fin du monde, raconte encore l’histoire du retour du fils prodigue chez lui, et de sa longue absence, aussi. De sa quasi-disparition. À tel point que sa mère l’a cru mort pendant toutes ces années. Ça vous rappelle des choses, non ?

Oui, mais cette fois le fils revient malgré lui, ses fonctions l’y obligent. Il est nommé gouverneur de sa province natale. D’autres auraient été honorés. Lui, silencieux, se retrouve face à « eux », sa famille, au milieu d’une cérémonie d’intronisation qui tourne court. « Eux » s’interrogent, font le « bilan » de leur interminable attente. C’est alors que les « cadavres sortent du placard » comme le souligne le metteur en scène François Rancillac. Parce que le retour à la maison chez Lagarce est souvent (toujours ?) synonyme de mort. Parce que les mots ne sortent pas. Parce que pendant ce temps-là, la sœur était malade, cédant à sa propension au « refus de l’existence », qu’elle semble traîner depuis l’enfance. Parce que pendant ce temps-là, le père était muet, lui aussi, et la mère, elle, l’oubliait. S’en rend-il compte ce « traître », maintenant qu’il a réussi ?

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« Retour à la citadelle » | © D.R.

Déçue, je ne l’ai pas été. Bouleversée ? Assurément. Peut-être un peu moins que la première fois, mais tout aussi chahutée, remuée, fascinée, éblouie. Parce que cette pièce met en scène deux forces : le douloureux amour filial et son terrible manque de vocabulaire, et l’absurdité voire l’impossibilité du pouvoir. Pouvoir politique bien sûr, mais surtout ce pouvoir que l’on aimerait avoir sur soi. Cette raison d’exister que l’on cherche souvent. Pouvoir sur ses mots. Sur sa citadelle intérieure. Cette pièce nous raconte, alors même qu’il s’agit d’un théâtre sans histoire ni héros, ni véritable dialogue puisque tout est fragmenté, lacunaire, interrompu sans cesse, la « façon terrible qu’ont les choses de mourir ». Et de vivre. Évidemment. La vie, n’est-elle qu’un « jeu qui consisterait à nous contraindre davantage » ?

La mise en scène de François Rancillac est étonnante et éclaire littéralement le texte. Tout en circularité, tout en retour, tout en musique, elle laisse place à la langue lagarcienne et aux extraordinaires comédiens qui nous la livrent magistralement. Sans en faire trop. Tout en nuances. À tel point que même les silences vibrent. On assiste alors à de grands moments d’intensité, au milieu de cet univers confiné qui ressemble parfois à celui que dépeint Chabrol au cinéma et que le théâtre ne cesse d’explorer. Au milieu de cet « enclos de terre inculte » qu’il s’agit de semer : l’existence. 

Maud Sérusclat


Retour à la citadelle, de Jean-Luc Lagarce

Mise en scène : François Rancillac

Avec : Olivier Achard, Martine Bertrand, Danielle Chinsky, Yves Graffey, Christine Guênon, Claude Lévêque, Christian Scelles, Flavien Tassard

Assistant à la mise en scène : Hugues Chabalier

Scénographie : Laurent Peduzzi

Lumières : Marie-Christine Soma, assistée de Sébastien Destrumelle

Son : Michel Maurer, assisté de Daniel Cerisier

Régie plateau : Pablo Palmaro

Régie lumière : Thomas Chalazon

Régie son : Yannick Vérot

Décor construit aux ateliers de construction de la Comédie de Saint-Étienne par Yvon Chassagneux et David Magand sous la direction de Jacques Mollon

Costumes réalisés à l’atelier de costumes de la Comédie de Saint-Étienne avec la complicité de Ouria Dahmani-Khouhli

Couturière : Malika Dahmani

Le Granit, scène nationale • 1, Faubourg-de-Montbéliard • 90000 Belfort

Réservations : 03 84 58 67 67

contact@theatregranit.com 

www.theatregranit.com

Du 27 au 29 février 2008

Durée : 1 h 45

19 € | 14 € | 7,50 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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