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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 12:14

Des bleus à l’âme

 

Chronique d’une société en état de décomposition, « Gauche uppercut » écrit par Joël Jouanneau et mis en scène par Jean-Patrick Vieu, traduit un malaise plus général, qui s’étend à la complexité des rapports humains dans une ville qui n’en finit pas d’agoniser. Drame urbain dans un futur déshumanisé où règne le chaos, ce spectacle met en scène des thèmes chers à Albert Camus sur l’exclusion, sur une forme de communautarisme qui rejette l’étranger pour survivre. La multitude des thèmes abordés dans cette pièce est un vrai bonheur. Enfin une pièce qui par sa force nous incite à réfléchir. Si les mots sont des coups de poing, on en ressort avec quelques bleus à l’âme.

 

L’argument de la pièce se déroule sur l’archipel B 612, un lieu sauvage, à l’écart de la Zone rouge. Là, six humains sont parqués. Leur vie commune est régie selon des préceptes simples. Une main invisible préside aux destinées de ces individus. Propriétaire de la Zone rouge, elle a tous les droits. Survient un étranger par qui le scandale arrive. Cette pièce forte de douze séquences est réalisée comme un combat de boxe avec douze rounds.


Le Théâtre Pixel se prête fort bien à ce type de spectacle. Jouée dans un cadre intimiste et dans un décor à nu, cette pièce gagne en sincérité. D’autant que le public, proche de la scène, a le sentiment d’être au cœur de l’action. Les seuls accessoires se limitent à un poignard, un briquet et un jeu de cartes.


La mise en scène est énergique et efficace. Quant aux personnages, ils sont omniprésents sur scène. Même muets, ils dégagent une forte présence sur scène. La pièce d’une durée de une heure est menée tambour battant. L’atmosphère y est étouffante. Jean-Patrick Vieu nous plonge dans un univers féroce où le langage est un jeu de codes rythmés comme la musique grinçante de ce monde en décomposition. À cet égard, la souffrance psychologique et physique de l’enfermement est bien mise en évidence. Le metteur en scène a su par ailleurs mettre en valeur l’humour et l’imaginaire, seules armes essentielles pour échapper à ce quotidien nauséabond.


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De leur côté, les comédiens, issus du Studio 34 à Paris, au nombre de six, incarnent des personnages forts et hauts en couleur. Leur jeu sincère et sobre donne à cette pièce un relief efficace.


Gauche uppercut est un texte fort. Les mots nous sont assénés violemment, précisément comme des uppercuts. Chaque coup nous est balancé de façon rythmée comme le staccato de notes de musique lancinantes dont on ne peut se délivrer.


Cette pièce est pour moi une bonne surprise. Elle contribue par la richesse des thèmes abordés (enfermement, exclusion, totalitarisme, société en déclin, communautarisme, nouveaux rapports humains et nouveaux codes de société…) à une réflexion sur nous-mêmes. Au-delà de sa propre durée, elle a le mérite de prolonger le débat. Souhaitons à ce spectacle plein d’intelligence une notoriété digne de ce nom dans notre société où tout se doit d’être aux normes. 


Laurent Schteiner

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Gauche uppertcut, de Joël Jouanneau

Théâtre Pixel • 18, rue Championnet • 75018 Paris

Mise en scène : Jean-Patrick Vieu

Assistante à la mise en scène : Amélie Dénécé

Avec : Thomas Barraud (l’étranger), Déborah Claude (Moon), William Edimo (Nigger), Sarra Elborj (Denfer), Thomas Hoff (Yiddish), Jean-Patrick Vieu (Prince)

Du 17 février au 30 mars 2008, vendredi et samedi à 21 h 45, dimanche à 17 h 30

Réservations : 01 42 54 00 92

14 € | 9 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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