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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 23:14

Orage d’étoiles, pluie de ciel sur la terre

 

« Il y a des histoires qui ne sont même pas des histoires, ce sont des souvenirs, simplement des souvenirs. […] Avez-vous déjà joué sous la pluie ? C’est tellement beau d’être libre… et maintenant que je vous vois devant moi, même si le ciel nous tombait sur le cœur […] peu importe, […] moi pour une fois, pour un moment, j’étais libre… » Et nous, l’instant de ce spectacle, nous sommes heureux. Un orage d’étoiles bouleverse nos cœurs bercés d’une douce nostalgie et foudroie notre terre, par le rêve enflammée.

 

undefinedC’est un véritable orage d’étoiles qui a éclaté au Théâtre des Célestins, noyé sous un déluge de poésie, de magie et d’acrobatie. Ces astres éclatants, ce sont d’abord les interprètes fabuleux du Cirque Éloize. À la fois acrobates, chanteurs, comédiens, danseurs et musiciens, ils évoluent sur scène comme autant de fées et de magiciens qui, de leur corps enchanté, frappent nos esprits subjugués. En effet, ils n’hésitent pas à jouer les clowns gaffeurs en nous proposant des numéros qui ratent, tournant le cirque en dérision. Mais, bientôt, une lumière pleut derrière un rideau de gaze, attirant notre regard, et le voile se lève sur des anges qui nous invitent à entrevoir le ciel. Puis, le rideau se baisse, nous ramenant sur terre. À des numéros comiques tels que celui d’une parodie de music-hall où les hommes deviennent des danseurs du Trocadéro et où les femmes, montées sur des pointes noires, jouent les potiches et se chamaillent, succèdent des numéros de maître. À la légèreté comique répond la légèreté du ciel, vers lequel les corps, devenus aériens, s’envolent.

 

C’est ainsi que, défiant la pesanteur, ou suspendus en l’air, les corps deviennent de véritables paroles adressées aux cieux, incarnant des espoirs, des rêves. des bâtons du diable, des quilles, virevoltent entre les mains des jongleurs qui se les passent. Puis les corps sautent sur une planche-sautoir, se tordent en contorsions, dansent sur un trapèze et sur un cerceau aérien pour pouvoir attraper un bout d’infini, sans jamais manquer de nous faire rire. Des tissus noirs accrochés aux cintres, comme des mâts dressés vers la liberté, deviennent des cordes, des échelles, des lianes, à l’aide desquelles des femmes se hissent et grimpent vers leur rêve. Semblables à des voiles gonflées par le vent lorsque les acrobates les agitent, voiles du navire de l’imagination, les tissus tremblent, immenses flammes noires sous les douches de lumière qui les éclairent. Le feu et l’eau se trouvent alors réunis. Les cinq femmes grimpent aux étoffes, dégringolent, s’y enroulent, et tombent, suspendues à leur tissu noir comme des araignées à leur fil, avant de s’immobiliser, se figeant dans leurs voiles, pendues. Le corps devient ensuite une véritable boule d’énergie lorsqu’il s’enferme dans un grand cerceau, sur lequel un homme et une femme s’affrontent, dans un tour vertigineux, comme s’ils voulaient décoller du sol. Et, une fois abandonné par les acrobates, le cerceau, grâce à un jeu de lumière qui le fait scintiller dans l’espace tandis qu’il continue de tourner sur lui-même, devient une alliance : celle qui unit les êtres, symbole de l’amour qui donne du sens aux rêves. Les corps défient aussi la pesanteur par la puissance et l’énergie déployée dans des numéros d’équilibre à couper le souffle, comme s’ils cherchaient à se libérer de la terre. Ce spectacle, par sa pluridisciplinarité et le mélange des registres qu’il propose, porte la marque du nouveau cirque qui arrache le Théâtre des Célestins à sa torpeur de monument, éveillant chez le spectateur une palette très riche d’émotions au son d’une musique inoubliable.

 

undefinedSi nous devons imaginer la pluie, comme nous y invite le prologue, celle-ci est néanmoins présente de multiples façons. Elle est d’abord figurée de façon comique par trois nuages flottant au bout de ficelles tenues par Aschley Carr comme un enfant tient un ballon, tandis que Nadine Louis porte des cymbales qu’elle agite pour faire entendre le tonnerre. Mais c’est aussi une pluie de serviettes en papier, rouges et blanches, comme des feuilles d’automne, aux couleurs d’enfance et de fête, qui tombe sur la scène en virevoltant. Mais soudain, à notre grande surprise, une cascade se substitue au rideau de gaze sous une lumière sublime. L’eau a, de façon imperceptible, envahi peu à peu le plateau, et les acrobates s’amusent à la faire jaillir en éclaboussures d’or, en éclaboussures d’étoiles. Le rideau de pluie s’abat sur la scène et sur nos cœurs, nous émerveillant, comme une douce averse d’été sous laquelle les acteurs s’ébattent comme des enfants. Ce qu’on devait imaginer surgit, le rêve devient réalité : le ciel se déverse sur la terre, crevant les nuages de papier, arrosant les cœurs de poésie, de rires. Une bouffée mêlée de nostalgie et de liberté nous envahit. Les comédiens jouent encore avec un ballon rouge sur un plateau transformé en cour de récréation sous l’orage. S’éclaboussant, glissant sur l’eau, ils envoient tout à coup, comme par accident, le ballon dans le public. Ils nous font la passe, ils nous passent le relais, à nous qui avons partagé leurs élans vers le ciel, leur élan vers la liberté.

 

« Tu dois toujours te souvenir du premier orage de l’été. N’ouvre pas ton parapluie, laisse l’eau de la vie ruisseler sur ton corps. Le bonheur est comme la pluie, il arrive inopinément, puis s’en va sans crier gare. Ce genre de souvenir ne s’efface jamais. » À cet orage du ciel tombé dans notre cœur, à cet orage de soleil, répond un tonnerre d’applaudissements, et la salle se lève, saisie d’une intense émotion, des étoiles plein les yeux. 

 

Amandine Vincent

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Rain, comme une pluie dans tes yeux

Cirque Éloize • Québec-Canada

Écriture et mise en scène : Daniele Finzi Pasca

Avec : Jocelyn Bigras, Nicolas Boivin-Gravel, Iryna Burliy, Oksana Burliy, Ashley Carr, Jean-Philippe Labelle, Nadine Louis, Sandrine Mérette, Bartlomiej Pankau, Samuel Roy, Anna Ward, Jonas Woolverton, Jacek Wyskup

Directeur artistique, Cirque Éloize : Jeannot Painchaud

Conception scénographique : Guillaume Lord

Conception des costumes : Mérédith Caron

Conception des éclairages : Martin Labrecque

Entraîneur chef : Krzysztof Soroczynsk

Composition musicale et arrangements pour musique live : Lucie Cauchon

Texte des chansons : Daniele Finzi Pasca

Concepteur-entraîneur pour le numéro de roue Cyr : Daniel Cyr

Préparation au jeu d’acteur : Dolores Heredia

Programmation des éclairages motorisés : Nicolas Descoteaux

Conception des maquillages : Suzanne Trépanier

Assistant à la mise en scène : Roch Jutras

Assistant à la mise en scène régie durant la création : Patrick Loubert

Producteur délégué – Tournée : Jonathan Saint-Onge

Directeur général : Jeffrey Markowitz

Chargée de projet : Suzanne Gosselin

Coordination de la bande sonore : Maria Bonzanigo

Photos : © Cirque Éloize | photo A. Stalkoper

Équipe technique en tournée

Directrice de tournée et régisseure : Dominique Mercier

Directeur technique en tournée et sonorisateur : Sylvain Leblanc

Chef éclairagiste : Pascal Auger

Chef gréeur : Jens Leclerc

Chef-machiniste : François Lemieux

Théâtre des Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

04 72 77 40 00

www.celestins-lyon.org

Du 13 au 23 février 2008, du mardi au samedi à 20 h ; samedi 16 février, vendredi 22 février et le dimanche à 16 h

32 € à 7,50 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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