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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 22:43

L’écriture scénique de Frédéric Ferrer

 

Librairie Coup de théâtre, où nous sommes réunis pour une lecture-signature à l’occasion de la parution de « Pour Wagner » et « Mauvais temps », deux pièces de Frédéric Ferrer aux éditions de L’Archange Minotaure, dans la collection « L’Œil du souffleur ». Cette collection, dédiée au théâtre et commencée il ya quatre ans par Astrid Cathala, a la particularité d’allier les écritures dramatiques à des illustrations originales d’artistes (dessins, gravures, photographies). Les deux pièces de Frédéric Ferrer sont accompagnées d’encres d’Éliane Monnin. C’est donc un bel objet littéraire et artistique que nous tenons entre nos mains, fruit d’une collaboration pluridisciplinaire enrichissante.

 

undefinedLa diversité est aussi au rendez-vous au travers des deux pièces de Frédéric Ferrer. Mauvais temps, joué en mars et avril 2007 aux Anciennes Cuisines à Neuilly-sur-Marne, raconte le déroulement chaotique d’une conférence sur le réchauffement climatique, où les éléments viennent peu à peu envahir l’espace du conférencier, imposant leur réalité matérielle sur son discours. Quant à Pour Wagner, qui se joue jusqu’au 23 février 2008 aux Anciennes Cuisines à Neuilly-sur-Marne, il s’inspire de la vie d’Ernst Wagner, instituteur allemand du début du xxe siècle, atteint d’une paranoïa maladive qui le pousse à commettre des meurtres multiples.


Deux pièces, donc, deux ambiances, et des processus de création différents. Frédéric Ferrer s’en explique : « Quand j’ai pensé Mauvais temps, rien n’était écrit en entrant en répétitions. Je suis d’abord parti filmer aux quatre coins de la France avec mes acteurs, et c’est avec cette base que j’ai ensuite travaillé le texte du conférencier. C’est au fur et à mesure que le texte s’est formé, au cours des répétitions. Puisque j’étais le seul à parler [Frédéric Ferrer jouait le rôle du conférencier et les autres personnages intervenaient au travers de films, puis en mimant des animaux divers], je travaillais le texte en le prononçant. Dans le cas de Pour Wagner, le texte était écrit avant d’arriver en répétitions. On a fait du travail d’improvisation, mais sur la base du texte plutôt qu’à partir d’images filmées. »


undefinedPrécisons que Frédéric Ferrer ne distingue pas son rôle d’auteur de théâtre de celui de metteur en scène, et se voit plutôt comme un « auteur de spectacles », utilisant les matériaux disponibles – mots, sons, images, costumes – pour créer un monde dramatique particulier. La décision d’éditer ses textes est donc d’autant plus intéressante, puisque ceux-ci sont d’abord des partitions pour un spectacle avant d’être des textes littéraires (bien qu’ils soient cela aussi).


À l’occasion de l’édition des pièces, Ferrer a donc fait un travail de réécriture, surtout en ce qui concerne les didascalies : « J’ai dû faire la part de ce qui relevait vraiment du texte, et de ce qui relevait de la mise en scène. Il fallait alors gommer les indications de mise en scène, pour permettre à quelqu’un d’autre de passer par là, et de faire ses propres choix scéniques. La question qui revenait pendant ce travail de gommage était de savoir comment et combien enlever pour rendre sa liberté au texte. Le travail de réécriture a été beaucoup plus conséquent pour Mauvais temps parce que la pièce était écrite pour être jouée, et comprenait beaucoup d’éléments narratifs visuels qu’il fallait traduire sur papier. On ne s’en rend pas toujours compte, mais ce n’est pas facile de passer des trois dimensions de la scène à la page unidimensionnelle ! »


undefinedQuand je demande à Frédéric Ferrer s’il ressent parfois le besoin d’avoir un œil extérieur sur son travail pour permettre une distance entre écriture et mise en scène, il a une réponse nette : « Je n’ai pas besoin de distance lorsque je crée le spectacle. Les processus d’écriture et de mise en scène sont liés. Par contre, concernant l’écriture pour les pièces éditées, il fallait que j’aie conscience du commentaire que j’avais fait de la pièce à travers ma mise en scène pour pouvoir enlever ce commentaire scénique. Ce travail a induit dix relectures successives du texte. En tant que lecteur de pièces de théâtre, j’aime pouvoir créer ma propre mise en scène dans ma tête sans être gêné par des didascalies abusives. »


Au cours de cette conversation, l’on s’est surpris à parler des défis que pose le théâtre, lorsqu’on cherche à retranscrire un spectacle dans un langage donné. Les mots conviennent, mais ne suffisent pas toujours. Comme le dit Astrid Cathala dans un entretien à Guillermo Pisani, « si je pouvais éditer les livres en relief, je le ferai ». Cette absence de système, le besoin de constamment recréer sa partition de travail pour chaque spectacle, est fascinant. Contrairement à la partition musicale, le théâtre ne possède pas de code universel de retranscription. La trace écrite et le spectacle éphémère sont en complémentarité. L’aubaine pour nous, c’est que Pour Wagner est à la fois édité et joué en ce moment même, donc on peut lire la pièce, se faire sa propre mise en scène imaginaire, puis aller confronter son regard de lecteur à celui de la mise en scène offerte par Frédéric Ferrer aux Anciennes Cuisines de Neuilly-sur-Marne, jusqu’au 23 février 2008. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Lecture-signature le 7 février 2008 à 18 heures

Librairie Coup de théâtre • 19, boulevard Raspail • 75007 Paris

(Métro : Rue-du-Bac ou Sèvres-Babylone)

Pour Wagner suivi de Mauvais temps, de Frédéric Ferrer (théâtre contemporain)

Encres d’Éliane Monnin

Éditions L’Archange Minotaure, collection « L’Œil du souffleur », dirigée par Astrid Cathala

Mise en vente en février 2008

112 pages, 15 euros, format 21 × 14,5 cm, cahiers cousus collés

I.S.B.N. 978-2-35463-009-6

Pour Wagner, de Frédéric Ferrer

Du lundi 4 au samedi 23 février 2008

Du lundi au jeudi à 20 h 30, le samedi à 17 heures

(Relâche exceptionnelle les 7, 14 et 19 février 2008)

Les Anciennes Cuisines | Compagnie Vertical Détour

E.P.S. de Ville-Évrard • 202, avenue Jean-Jaurès • 93330 Neuilly-sur-Marne

Réservation indispensable au 01 43 09 35 58 (entrée libre)

verticaldetour@free.fr

http://verticaldetour.new.fr

Accès : R.E.R. ligne A direction Marne-la-Vallée, arrêt Neuilly-Plaisance

Puis bus 113 direction Chelles, arrêt Ville-Évrard

(durée du trajet depuis Nation : 35 min à 45 min)

R.E.R. ligne E direction Chelles, arrêt Chelles-Gournay

Puis bus 113, direction Nogent-sur-Marne, arrêt Ville-Évrard

(durée du trajet depuis la gare Magenta : 30 min à 40 min)

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