Mardi 19 février 2008


Les « jams » de Jamil


Tout commence vraiment en 1985. Jamil Azzaoui a 24 ans, il vit à Montréal et il vient d’épouser la chanteuse Catherine Karnas. Passionné de musique depuis son enfance, Jamil prend en main lui-même la promotion de sa femme. C’est un succès ! Sitôt le futur de Catherine assuré, les demandes pleuvent. Jamil se fait donc promoteur-gérant pour des noms comme Cabrel, Boulay, Fugain, Aznavour ou Lavoine. L’industrie de la musique le prend définitivement sous son aile. Et la chanson ? Ce n’est que très récemment qu’il monte lui-même sur scène, aux côtés d’Anne-Marie Gélinas, histoire de mesurer son talent, puis en solo, une fois les résultats à la hauteur de ses espérances.


undefinedAprès une grande tournée, essentiellement au Québec et au Canada, le voici à Paris pour nous apporter un peu de chaleur en ces temps froids. Car le moins qu’on puisse dire, c’est que Jamil est un type très chaleureux, même s’il n’en a pas l’air au premier abord. Au début du spectacle, il arrive calmement, paisible et détaché. Le public est un peu froid – dans les deux sens du terme. Ça ne l’inquiète pas plus que ça, il commence. Sa voix caverneuse – et là, je n’exagère pas – fige la partie du public qui se serait attendue à un gentil spectacle « humour et chansons ». Mais une brève introduction à partir d’anecdotes et de jeux de mots, bien répartie entre cynisme et humour, réussit à détendre un peu l’atmosphère. Saviez-vous, par exemple, messieurs, qu’au Québec, si un ami vous dit que, hier soir, votre femme était « tellement chaude qu’elle pouvait plus chauffer », il veut simplement dire qu’elle était si saoule qu’elle ne pouvait pas conduire ?


Après sa première chanson, on sait à quoi s’attendre. Pitié pour les femmes, avant d’être le nom de son spectacle, est le titre d’une de ses chansons qui fait le résumé des contraintes que s’imposent la plupart des femmes, des multitudes d’activités anti-prise de poids et antistress aux innombrables crèmes de soins inutiles. Une complicité très touchante se crée alors entre l’artiste et le public : pas de métaphores pédantes, pas de grandes épopées musicales pour Jamil ; il a les mêmes problèmes que mon voisin, il fait les mêmes choses que lui, il se pose les mêmes questions ; c’est un homme comme tout le monde. À la fin du spectacle, je sors de la salle avec la délicieuse impression d’avoir vu un de mes amis jouer sur scène, mes oreilles résonnant toujours du formidable tempo, avec des refrains qui me suivront durant une semaine.


L’art de Jamil, c’est de réussir à chanter des chansons clairement critiques, qui font sourire et réfléchir, sans basculer dans le vulgaire hargneux. C’est aussi de communiquer avec le public sans que celui-ci ait l’impression que l’artiste en profite pour se répandre sur ses problèmes personnels. En ce qui concerne sa présence sur scène, Jamil est en osmose avec son auditoire entre deux chansons, et, lorsqu’il chante, il s’évade, et l’on n’a qu’une envie : le suivre. Il a le charisme maussade de Gainsbourg et la voix profonde et étranglée de Bruce Springsteen qui lui sort du fond du ventre. Quant au contenu de ses chansons, c’est un mélange poétique et cocasse, sur une musique qui swingue. On se souvient de Renaud, ses sujets très ordinaires, les gars accoudés au bar, les HLM, les baby-sitters. Et dans la candeur des chansons intitulées Internet, MohamedJe pète au lit, on se rend compte de la pertinence des propos de Jamil, cachés derrière des mots rudes et crus. Par ailleurs, il ne faut pas oublier la batterie folle d’Olivier Castaing et la basse suave de Julien Bradette, qui accompagnent le chanteur sur scène. Ces deux formidables musiciens font décoller la musique de ce virtuose de la guitare. Le jeu de lumières, enfin, est simple mais très beau, donnant un bel air de fête à ce qui pourrait n’être qu’un concert banal. Il n’y a rien de négatif à dire, le spectacle de Jamil est une réussite, agréable et amicale.  ou


Betty Rose

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Pitié pour les femmes, de Jamil Azzaoui

Music Machine • parc d’activités Activa • rue de la Batterie • 67118 Geispolsheim

03 88 67 47 79 | télécopie : 03 88 55 50 88

infos@musicmachine.fr

www.musicmachine.fr

Avec : Jamil Azzaoui, Olivier Castaing et Julien Bradette

Ingénieur du son : Sébastien Rivard

Création lumière : Yann Masac

Diffusion : Dominique Née

Théâtre de Dix-Heures • 36, boulevard de Clichy • 75018 Paris

Réservations : 01 46 06 10 17

Du 12 février au 22 mars 2008 à 20 heures

Durée : 1 h 40

20 € | 18 €

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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…


« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »


« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”

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