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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 12:47

La grandeur d’un texte emprisonnée

dans des espaces médiocres

 

« Quand nous nous réveillerons d’entre les morts » ou plutôt « Quand nous nous réveillons d’entre les morts » (comme le veut la traduction la plus fidèle et la plus significative du titre original) est la dernière pièce de Henrik Ibsen. Une de celles qui, tout en closant son œuvre dramatique, pose la problématique de l’artiste-sculpteur de l’univers.

 

Rubek, célèbre sculpteur, revient avec sa compagne, Maya, en Norvège, dans son pays natal, après des années d’absence. Un être en quête de soi et de son passé. Il y retrouvera, dans une auberge au pied d’une montagne, sa muse, Irène, la femme qui avait « dicté » son chef-d’œuvre, une sculpture inspirée par l’âme et la nudité de cette bien-aimée éternelle.


Ils s’adonneront ensuite tous les deux à une longue marche tout en haut de la montagne, vers la vie, vers la résurrection. La marche vers les hauteurs et cette verticalité symboliquement présente dans la quasi-totalité de l’œuvre ibsénienne semble être représentée, dans la mise en scène de Jacques David, par une forme de roche – matière à sculpter, transformée ici en fontaine, source de l’eau et de la vie. C’est au pied de cette forme verticale que Rubek comprendra son état de « mort-vivant ». Il tentera alors de revivre pleinement sa vie.


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« Quand nous nous réveillerons d’entre les morts » | © D.R.


La mise en scène proposée par Le Théâtre de l’Erre reflète bien les thèmes de la culpabilité de l’artiste, de sa création et de ses relations avec les vivants. Néanmoins, la profondeur du texte d’Ibsen lui échappe complètement. Encore une tentative de saisir la vérité ibsénienne sans succès ni grandeur. L’ennui s’installe rapidement devant ce jeu plat et souvent ridicule (notamment Johanne Thibaut dans le rôle de Maya et François Macherey dans le rôle d’Ulfheim) de quatre comédiens vêtus de costumes sans époque et sans goût (dits universels peut-être ?) et perdus dans une scénographie médiocre.


Le Théâtre de l’Erre se veut aller au-delà de la représentation, là « où chaque spectateur puisse développer en lui la forme et l’espace scénique de ce qui lui est représenté » (extrait du manifeste du Théâtre de l’Erre), afin de pas imposer au public une vision individuelle du spectacle, notamment celle du metteur en scène. Bien. Ainsi, c’est au spectateur de cette « version » de Quand nous nous réveillerons d’entre les morts d’inventer sa propre mise en espace de la pièce, et d’imaginer la marche des personnages vers la vie. Car la mise en scène (individuelle ou pas) est absente.


Le public est confronté tout au long du spectacle à un simple décor plutôt qu’à une vraie scénographie. Décor unique, celui d’une chambre d’hôtel où on a ajouté – pour les besoins des comédiens – deux chaises et une table. Et (heureusement !) quelques statues pour symboliser plus ou moins maladroitement les œuvres du protagoniste principal… Dommage que la compagnie ne réussisse pas à aller jusqu’au bout de ses belles et justes revendications. Et que, au lieu de nous proposer un décor sans ampleur et sans grand intérêt, elle ne prenne pas le risque de confronter ses acteurs à l’espace vide, habité éventuellement par des montages et des bruitages réussis de Frédéric Vossier (variations), de Christophe Séchet (création sonore) et d’Erwan Huon (création vidéo). 


Maja Saraczyńska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Quand nous nous réveillerons d’entre les morts, de Henrik Ibsen

Traduction : Terje Sinding

Théâtre de l’Erre | Dominique Jacquet et Jacques David

http://www.arcadi.fr/artistesetoeuvres/texte.php?id=289

Variations : Frédéric Vossier

Mise en scène : Jacques David

Assistant à la mise en scène : Matthieu Roy

Avec : Jean-Pascal Abribat (ou Pierre Tessier), Dominique Jacquet, François Macherey, Claude-Bernard Perot, Johanne Thibaut

Scénographie et costumes : Jean-Luc Taillefert

Création sonore : Christophe Séchet

Création vidéo : Erwan Huon

Images : Pierre Raimond

Création lumière : Laurent Nennig

Direction technique : Gilles Guerre

Théâtre du Chaudron • Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Métro : Château-de-Vincennes

lechaudron@wanadoo.fr

http://www.theatreduchaudron.fr

Location : 01 43 28 97 04

Du 31 janvier au 13 février 2008 à 20 h, dimanche à 16 h, relâche le 6 février 2008

Durée : 1 h 30

20 € | 15 € | 13 €

Tournée :

– Théâtre Jean-Arp • 22, rue Paul-Vaillant-Couturier • 92140 Clamart

http://www.theatrearp.com

Location : 01 41 90 17 02

Le 21 mars 2008 à 20 h 30

21 € | 15 € | 10 €

– Centre culturel Boris-Vian • rue du Morvan • 91940 Les Ulis

Location : 01 69 29 34 90

Le 27 mars 2008 à 20 h 30

15 € | 13 € | 10 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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