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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 22:27

Peut-être toujours,
mais peut-être jamais aussi…


Par Louise Pasteau

Les Trois Coups.com


Il fait noir. Doucement, la lumière vient découvrir les corps. Le début est envoûtant. Meg Stuart et Philippe Gehmacher sont au comble de l’Éden, ils s’étalent sur la moquette du Théâtre de la Ville comme de la mousse sur l’écorce d’un arbre. Un minimum de décor et, au centre du gris feutré du sol et des rideaux qui délimitent l’horizon de la scène, la photographie d’une nature morte un peu mièvre aux allures de pissenlits…

La musique s’élance, les mouvements s’échappent des deux chorégraphes interprètes : ils se perdent, se délaissent, se quittent et se réconcilient. Au rythme de la guitare électrique, ils tentent infatigablement de se parler, vainement de s’électriser. Les pauses s’enchaînent. Elles annihilent plus qu’elles ne marquent ou ne délestent des corps dont c’est le rien qui fait vaquer les membres. La désincarnation ne s’établit pourtant qu’à demi-mesure, comme le reste. Seul le musicien – l’auteur compositeur Niko Hafkenscheid – fait jaillir une réalité sans vergogne et dont la simplicité le rend beau d’imperfections. Malheureusement, sa musique redit ce qui est déjà dansé et ne fait qu'édulcorer l’ensemble. Tout comme les mots des danseurs aux micros : ils ne font qu’interrompre le flux déjà lancinant des gestes et des pas.

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© Chris Van der Burght

On en veut plus, on a envie de contempler ces deux êtres qui dansent dans le profond de ce qui les constitue, d’être surpris et bousculé. On a l’impression qu’ils sont sur le point de nous faire passer quelque chose. Sur le point. On guette, on retient sa respiration : tout se passe et rien n’arrive. L’ennui arrive. Les rideaux, au fond de la salle, se tirent sans tirer l’attention, le vide n’amène rien d’autre que le vide, les costumes ont beau évoluer en couleur, rien n’y fait. L’enveloppe est charmante, la forme est belle, simplement le fond paraît lointain, frôlé avec la même douceur que celle des mains de Philippe Gehmacher lorsqu’elles se tendent vers le haut, vers les cintres.

Pourtant, on aurait voulu se laisser emmener, se prendre au jeu, regarder les autres, ces deux autres, vivre un temps, une histoire, un amour, le désir. Ceci dit, tout cela reste bien personnel. D’ailleurs, certains ont dit que Maybe Forever les avait « réconciliés avec la danse ». Alors, avis aux amateurs… 

Louise Pasteau


Maybe Forever

Production Damaged Goods/Mumbling Fish

Chorégraphie et danse : Meg Stuart, Philipp Gehmacher

Musique en direct : Niko Hafkenscheid

Dramaturgie : Myriam Van Imschoot

Lumières : Jan Maertens

Scénographie et costumes : Janina Audick

Musique et son : Vincent Malstaf

Assistante chorégraphie : Sigal Zouk

Assistante scénographie et costumes : Inga Timm

Théâtre de la Ville • place du Châtelet • 75004 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

Du 13 au 16 février 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

berth 05/01/2009 00:28

ce que ne dit pas la critique, c'est que la moitié des spectateurs quittent la salle avant la fin tellement le spectacle est ignoble à regarder. Je suis resté jusqu'à la fin, j'ai souffert le martyr et je suis parti sans un applaudissement pour ce que je ne nommerai jamais de la danse.

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