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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 17:04

« Écrasés, anesthésiés… et satisfaits »

 

Franz Xaver Kroetz, dramaturge allemand, est reconnu pour son travail engagé. Son œuvre, jusqu’à présent, a interrogé avec pertinence et férocité les travers de la société moderne. Avec « Meilleurs souvenirs de Grado », on pourrait penser qu’elle se fait moins virulente tant l’histoire détonne par sa légèreté et son apparente inoffensivité. Mais la critique est bien présente, car à travers les vacances d’Anna et Karl, c’est bien de dénonciation qu’il s’agit.

 

Oui, Franz Xaver Kroetz dénonce. Avec subtilité et humour, certes, mais il dénonce clairement. L’objet de son courroux ? La société de consommation. Celle qui nous fait travailler toujours plus pour mieux trouver dans nos poches de quoi dépenser. Celle qui nous attire vers ces paradis factices que sont les loisirs faciles, stériles, préfabriqués. Celle qui nous promet un bonheur à « deux balles », un bonheur mercantile. Mais, au-delà de cela, ce que l’auteur pointe du doigt, c’est notre contribution volontaire ! Car « cet ordre nouveau semble solliciter notre acquiescement et notre complicité », ce que nous lui accordons allègrement. Dans Meilleurs souvenirs de Grado, nous découvrons donc Anna et Karl, « tels que nous sommes : écrasés, anesthésiés… et satisfaits ».


Ce sont les mots de celui qui a choisi de travailler sur cette histoire. Benoît Lambert élabore ici une mise en scène dynamique fondée sur un dialogue énergique entre les deux protagonistes. Les répliques et le ton sont amusants et réalistes. On entre alors aisément dans les préoccupations bien pratiques et quotidiennes d’Anna et Karl, tant nous nous y reconnaissons. C’est en fait de nous-mêmes que nous nous moquons quand nos rires retentissent.


Oui. Ces quinze jours de vacances annuelles ressemblent étrangement à ceux de beaucoup d’entre nous. Tous les ingrédients sont réunis. Une destination touristique, de préférence au bord de la mer, parce qu’on est en été, et qu’en été, il faut se baigner, c’est bien connu. Un hôtel pas trop cher, si possible. Il faut un forfait demi-pension, ça limite les frais de restauration. Des activités à la carte. C’est sympa, ça ! On a l’embarras du choix : tir à l’arc, excursion…


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« Meilleurs souvenirs de Grado » | © Clément Bartringer


Et puis la plage à quelques pas. On y lézarde des heures avec un bon bouquin. On y scrute les autres, ceux qui, comme nous, sont venus dépenser leurs économies de toute une année pour se procurer ce bonheur stérile. Et même ce type de bonheur a une fin, alors on rentre, appauvris, en se promettant de revenir l’année d’après. Peut-être que cette fois-ci nous parviendrons à combler ce vide qui ne nous quitte pas.


Ce vide à combler est un point important du spectacle. Il est d’ailleurs efficacement exploité par le scénographe Antoine Franchet. Celui-ci a conçu un système de panneau roulant installé de telle sorte qu’il fait le tour de la scène à mesure que le spectacle évolue. Il permet d’afficher les images de décors estivaux, qui y sont projetées. Mais, surtout, selon les besoins, il compartimente l’espace scénique, cachant ou découvrant, cette partie-ci ou celle-là. Aucun mètre carré n’est laissé vide, à l’abandon, tour à tour utilisé, exploité, mis en valeur.


Le résultat est à la hauteur du projet, car ce que nous observons de nos sièges, c’est une scène en mutation constante, une scène vivante. Faite pour accueillir des comédiens bien en vie, également, et qui interpréteront une pièce terriblement actuelle. Une pièce qui soulève un problème vital : la survie de nos âmes. 


Kandida Muhuri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Meilleurs souvenirs de Grado, de Franz Xaver Kroetz

Traduction : Gaston Jung et Daniel Girard

Mise en scène : Benoît Lambert

Avec : Marc Berman et Martine Schambacher

Création costumes : Violaine L. Chartier

Scénographie et lumières : Antoine Franchet, assisté de Florent Gauthier

Réalisation sonore : Jean-Pascal Lamand

Régie générale : Marc Chevillon

Théâtre 71 • 3, place du 11-Novembre • 92240 Malakoff

Réservations : 01 55 48 91 00

Du 17 janvier au 2 février 2008, mercredi et jeudi à 19 h 30 ; mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 ; dimanche à 16 h ; le samedi 26 janvier à 18 h et 20 h 30 ; relâche exceptionnelle mardi 22 janvier

Durée : 1 h 15

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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