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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 11:02

Un classique dépoussiéré

 

La compagnie Les Déménageurs associés travaille habituellement à partir de textes classiques, qu’ils adaptent pour le théâtre. Ils s’approprient, avec fantaisie et créativité, ces grandes œuvres, révèlent leur modernité et les rendent accessibles, sans jamais en dénaturer le texte original. Pour leur dernière création, ils ne dérogent pas à la règle et montent « Journal d’une femme de chambre », d’Octave Mirabeau. Cette comédie, mise en scène par Jean-Louis Crinon, et interprétée par Florence Desalme, raconte à travers une ribambelle d’anecdotes, les aventures de Célestine, femme de chambre.

 

La lumière se fait lentement sur scène et on aperçoit au fond un tout petit lit, trop petit pour être douillet. Sur le côté, une armoire, et de part et d’autre de la pièce, des vêtements suspendus sur une corde à linge. Sur notre gauche, une petite fenêtre ; sorte de lucarne secrète à travers laquelle certaines révélations nous seront chuchotées.


Célestine est là, au milieu des meubles qui composent sa chambre. Elle se tient debout et découvre en même temps que nous ce qui sera son nouveau foyer. En effet, elle vient d’intégrer le poste de femme de chambre chez les Monteil. Dorénavant, ils seront ses patrons. Évoluant dans ce décor intimiste propice à la confidence, Célestine va nous narrer son quotidien auprès des Monteil, et les différentes rencontres plus ou moins burlesques qui ont jalonné son parcours et l’ont amenée jusque-là.


Avec Célestine, le quotidien est finement amusant. Mais il n’est pas que cela puisque le texte en profite subtilement pour tracer un portrait pertinent et sans complaisance de cette société du siècle dernier, dans laquelle les évènements s’inscrivent. Des thèmes comme le travail, les relations entre les classes bourgeoises et leurs domestiques, ainsi que les rapports familiaux y sont abordés. Journal d’une femme de chambre réalise une véritable étude sociologique.


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Par ailleurs, Célestine nous parle d’elle-même, en tant que femme, de ses sentiments, de ses émotions et de ses aspirations. Au fur à mesure des mots, on découvre avec étonnement qu’ils ne sont pas si différents de ceux d’une jeune femme d’aujourd’hui. Ce texte est empreint d’une incroyable modernité, car, comme nous, elle se bat pour travailler et avoir de quoi vivre, elle rêve du grand amour et se permet de temps en temps de se laisser distraire par de charmants béguins. Elle analyse aussi avec lucidité son environnement et fait preuve de malice et de philosophie quand il s’agit de surmonter certains coups durs.


La comédienne Florence Desalme interprète avec brio et justesse son rôle de femme de chambre. C’est bien, elle remplit sa part du contrat. Seulement voilà, elle ne s’arrête pas à cela puisqu’elle interprète aussi et avec le même talent, tous les autres personnages. Ceux qui s’incarnent sous nos yeux à mesure qu’elle les évoque et les invoque. Les hommes et les femmes de son passé et de son quotidien, dont la rencontre l’aura marquée d’une manière ou d’une autre. Généreuse, elle libère une énergie folle, et le plaisir qu’elle semble tirer de sa prestation est communicatif. C’est bien là qu’est son point fort : dans le partage. Car le courant passe si bien entre elle et nous, ses spectateurs, qu’il m’a semblé être auprès d’elle sur les planches. Elle nous tire à elle, nous invite à la rejoindre par son regard, ses gestes et sa voix. On le sent bien, elle joue pour nous, et presque avec nous.


On pourrait s’arrêter là, et se satisfaire déjà de ce beau travail. Ce serait omettre la remarquable mise en scène de Jean-Louis Crinon. Astucieuse, elle n’est que fluidité et inventivité et fait se fondre l’actrice, le texte et le décor. Le petit plus de son travail : la présence d’un musicien sur le côté droit de la scène. Il est presque entièrement caché. Presque, car on distingue un bout de sa silhouette. Sa présence mystérieuse incarne avec légèreté la musique qui accompagnera le récit de Célestine. Et, à la fin du spectacle, il se lève et prend place aux côtés de celle-ci, pour incarner cette fois un des personnages clés.


Journal d’une femme de chambre m’a définitivement charmée. Toute la joyeuse équipe des Déménageurs associés réalise ici un travail sensible, pertinent et plein d’humour. Le cœur emballé, on en redemande. 


Kandida Muhuri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau

Compagnie Les Déménageurs associés

lesdemenageursassocies@gmail.com

Mise en scène : Jean-Louis Crinon

Adaptation : Maryse Lefebvre

Avec : Florence Desalme et Manu Dubois

Costumes : Olga Papp

Musique : Manu Dubois

Décors : Jean-Louis Crinon

Création lumière : Julie Berthon

Théâtre de la Noue • 12, place Berty-Albrecht • 93100 Montreuil

Réservations : 01 48 70 00 55

Du 21 au 28 janvier 2008 à 14 heures

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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