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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 17:02

Sauvés par le clown

 

« MurMure », mis en scène par Ariel Cypel et Gaël Chaillat, s’est joué au Théâtre Confluences à Paris pendant un mois jusqu’au 10 février 2008 et sera à l’affiche aujourd’hui à Mantes-la-Jolie. L’histoire racontée est librement inspirée de vraies conversations téléphoniques entre un prisonnier palestinien – Mahmoud al-Safadi – et une journaliste israélienne – Amira Hass. Mais « MurMure » veut aussi, au travers de ces entretiens, aborder le thème de l’enfermement tout court. Malgré une démarche sincère, le spectacle pâtit de trop de clichés et d’un propos flou.

 

Un téléphone portable comme point de départ. Dans la salle, tout d’abord : prière aux spectateurs de les éteindre, ceux-ci longuement avertis par l’hôtesse, qui deviendra sur scène la matone. Puis dans l’histoire racontée, introduit au cœur de la prison, par l’intermédiaire du sphincter d’un des prisonniers. Le téléphone qui, ici, nous aliène, devient un « poumon de la liberté » ailleurs.

 

Dès le début du spectacle, nous sommes pris à partie, interpellés – nous, citoyens –, et les acteurs tentent de provoquer le rire, l’écoute. Le scandale ? Arrivent la journaliste, les prisonniers. Le cadre se resserre alors, les réalités s’entrecroisent. Les codes de jeu aussi, variant entre naturalisme et grotesque. Des tableaux se succèdent, mais la prison reste le lieu central. Et, à l’intérieur, coexistent les conversations téléphoniques, les fantasmes et les jeux.

 

 

À première vue, rien ne dessert le spectacle. Les comédiens sont impliqués, la partition semble exécutée, la mécanique bien huilée. Nous avons même l’impression que tout est fait pour ne pas nous ennuyer, ne pas nous encombrer. Nous perdons pourtant le fil de l’histoire, et notre intérêt s’amoindrit. Peut-être parce que les entretiens ne sont qu’un prétexte à dire l’enfermement. Nous les attendons, ils sont trop rares. L’enfermement est, quant à lui, rapidement détourné par un humour trop volontaire.

 

Et à force de n’être ni dans une histoire ni dans une autre, nous ne nous sentons plus concernés. À croire que les auteurs-metteurs en scène auraient eu peur du « pathos », du « réalisme » ou du politiquement correct. Au final, un peu de toutes ces peurs ternit le spectacle et l’ensemble nous parvient inabouti.

 

Il manque à ce projet ambitieux quelques finesses dans son écriture, et plus de risques dans sa réalisation. Nous désirons du sensible, de l’intime. À l’image de la scène la plus réussie : celle d’un clown terrible et drôle, magnifiquement interprété par Stéphane Shoukroun. Un homme avide, gras et cruel, faible et orgueilleux, s’agite sous nos yeux, et nous sommes touchés parce que, tout à coup, la chair fait rire et effraie. Ce clown aux traits grossiers, incarné, réveille alors notre propre humanité, fût-elle la plus barbare… Quelque chose se passe enfin… Les metteurs en scène sont sûrement sincères dans leur démarche, mais ils ont été trop gourmands, ou bien trop timides… 

 

Astrid Cathala

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Voir l’entretien d’Astrid Cathala avec les comédiens pour les Trois Coups


MurMure, de Gaël Chaillat et Ariel Cypel

Mise en scène : Gaël Chaillat et Ariel Cypel

Avec : Élie Axas, Gaël Chaillat, Sarah Chaumette, Gaï Elhanan, Mohamed Hirzallah, Lahce Razzougui, Stéphane Shoukroun

Scénographie et costumes : Jane Joyet

Environnement sonore : Ronan Yvon

Lumière : Léandre Garcia-Lamolla

Spectacle le mardi 12 février 2008 à 20 h 30

Collectif 12 • friche André-Malraux • 174, boulevard du Maréchal-Juin • 78200 Mantes-la-Jolie

Standard : 01 30 33 39 42 | télécopie : 01 30 33 33 98

Réservations : 01 30 33 22 65

collectif12@wanadoo.fr

www.collectif12.org

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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