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9 février 2008 6 09 /02 /février /2008 00:18

L’appel du néant

 

Mais « qui sont ces gens-là, mon chou ? » demande la vieille femme en désignant les chaises bien alignées en rang serré, vides de toute présence humaine. « Ce sont nos invités, Sémiramis, ma crotte » répond le vieil homme.

 

undefinedBienvenue dans l’univers d’Ionesco et de ses Chaises. Un vieux couple organise une conférence au cours de laquelle sera délivré le message destiné à sauver l’humanité. Message exprimé par un orateur sourd et muet aux allures de Pierrot lunaire en chaussettes rouges… Avant que les invités n’arrivent, le couple se raconte. Des monologues vides de sens, des versions qui se contredisent… Elle, pour ce qui la concerne, aspire à ce que lui soit chef, quelque chose en chef, enfin qu’il soit chef d’une façon ou d’une autre !


Ils sont vieux, tellement vieux, et ils ont plus de soixante-dix ans de vie commune. Et ils sont seuls, tellement seuls, sans famille et sans amis. À ressasser toujours la même histoire pour se distraire. Sous un bel habit de comédie, arrive petit à petit une sensation d’angoisse et d’étouffement.


Les chaises prolifèrent sur scène, à en occuper tout l’espace. Au point que les comédiens ne puissent plus se déplacer. Au point qu’ils arrivent à peine à se voir ou plus exactement à s’entendre. Pourtant, ils sont seuls sur scène, simplement entourés de chaises. Ces chaises sont occupées par les invités à la conférence : M. le Général, Mme la Belle, le Photograveur, etc. Autant de personnes que de sièges vides. Et personne ne correspond à ce qu’il est : concernant Mme La Belle, par exemple, son nez a poussé. Elle a subi, elle aussi, les outrages du temps. Elle ne correspond plus au souvenir d’enfance qu’elle avait laissé. Rien que des fantômes ! Les êtres du néant !


La scène du Théâtre Essaïon convient bien à cette pièce. Une petite salle de pierres toute voûtée, aussi vieille que peut être la vieille de la pièce, et dont la mise en scène a su tirer profit, tout en discrétion et en efficacité, mettant en valeur le formidable jeu des trois comédiens. La mise en son et la mise en lumière donnent corps au sentiment diffus d’angoisse et d’horreur qui plane sur cette pièce.


Être deux n’évite pas de vivre vieux. Être deux n’efface pas la solitude. Vieux et seul : quelle horreur ! Que reste-il après cela ? La mort et le néant. 


Claire Besse

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Chaises, d’Eugène Ionesco

Mise en scène : Geneviève Brunet et Odile Mallet

Avec : Catherine Précourt, Patrick Chupin, Alain Le Maoût

Photo : © Claire Besse

Théâtre Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

Du 30 janvier 2008 au 22 mars 2008, du mercredi au samedi à 20 h

Durée : 1 h 10

18 € | 12 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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