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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 01:14

« Tu crois quoi, toi ? »


Par Sara Roger

Les Trois Coups.com


Mohamed Rouabhi signe, au Théâtre Gérard-Philipe, un spectacle frappant sur l’identité des enfants de l’immigration. « Vive la France » nous confronte à la face cachée de l’histoire de notre pays. Prise de conscience et remise en question. On reste sous le choc.

« J’ai toujours pensé que je finirais par raconter cette histoire. À ma façon. L’histoire de ceux qui ont fait l’Histoire de France en filigrane. L’histoire de ceux qui se sont couchés un jour dans un lit loin de leur pays, loin de leur langue, loin de leur lumière. L’histoire de ceux dont les noms se sont fondus dans l’asphalte du périphérique… »

Avec Vive la France, Mohamed Rouabhi redessine les épisodes de l’Histoire de notre pays trop souvent laissés de côté. Mais un problème se pose : ces épisodes qui se révèlent nécessaires à la construction identitaire des enfants de l’immigration, ce sont souvent ceux dont la France a honte ! Ce spectacle témoigne d’un travail d’archives étonnant. Une grande variété de sources visuelles et sonores sont projetées sur l’immense écran qui habille le fond de scène. Et tout se passe comme si le jeu des acteurs venait doubler ces images projetées. Ce dédoublement donne à ces documents une dimension nouvelle. Tout à coup, ces images que l’on nous sert quotidiennement dans les journaux télévisés, celles qui stigmatisent trop souvent les enfants de l’immigration, ces images-là se mettent à parler. Et elles parlent vrai. C’en est désarmant.

Dommage que ces documents d’archives, que l’on nous pousse à reconsidérer, soient ceux que nous ne connaissons que trop. Au final, on se pose de nouvelles questions, mais on reste un peu avec la vision qu’on a déjà des banlieues. Peut-être aurait-il fallu affiner, développer certains propos, les rendre plus subtils…

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« Vive la France »

Ce spectacle est fortement empreint du mode d’exposition que s’est créé le musée de l’Immigration. Il veut créer de nouvelles conditions d’écoute autour de ce qui nous est dit des banlieues. Portant un éclairage nouveau sur certaines réalités, Vive la France nous pousse à re-penser le regard que nous portons sur l’Histoire, sur les autres et sur nous-mêmes. Mohamed Rouabhi cherche à faire imploser nos représentations pour que les images qu’on impose à ceux qui, comme lui, sont issus de l’immigration ne les emprisonnent plus.

« Je veux parler de ce mépris.

De ce mépris, qui parfois, m’a laissé sans voix.

Il y a des choses que l’on a oubliées.

Il y a des choses qui nous ont fait mal et que l’on n’arrive pas à comprendre.

D’autres que l’on est incapable de s’expliquer.

D’autres encore qui trouveront leur place dans la vie qui continuera, malgré nous. »

Mohamed Rouabhi.

Ce spectacle est un véritable cri du cœur. C’est un spectacle ouvertement militant, fait d’images plus saisissantes les unes que les autres. Mais c’est là où est la faille. C’est un spectacle d’images, et on aimerait que ces images s’enchaînent moins arbitrairement. Peut-être trop de sujets sont-ils abordés ? Il en résulte malheureusement une œuvre décousue. Les dix-huit acteurs, souvent présents tous ensemble sur scène, donnent à ce spectacle une dimension impressionnante. Cependant, leur jeu reste très masqué par l’écran de fond de scène qui attire toute notre attention. Pendant la première partie du spectacle, les comédiens ne semblent rien représenter de plus que le relief de ce qui nous est donné à voir sur cet écran. On aimerait que ce dédoublement soit plus marqué, prenne plus de sens. Mais il se joue sur un plateau trop sombre, et il est dessiné avec trop de discrétion.

« Ce spectacle n’a rien de tendre. Il n’épargne personne. Car notre société ne nous enseigne pas la tendresse. » Vive la France se révèle être, en effet, un spectacle très agressif. Nous sommes interpellés, à maintes reprises, comme étant ceux qui ignorent le quotidien et les crises identitaires des enfants de l’immigration. Cette façon de nous culpabiliser est très dérangeante. Peut-être est-elle volontaire ? Toujours est-il que, quand elle se fait trop agressive envers nous, oubliant de l’être envers la situation, elle diminue l’efficacité du spectacle. À trop regarder en arrière, Vive la France en oublie de jeter un coup d’œil vers l’avant. Le devoir de mémoire est certes important, mais on sort de ce spectacle avec une vision assez pessimiste de la situation. Alors, après, qu’est-ce qu’on fait ? 

Sara Roger


Vive la France, de Mohamed Rouabhi

Écriture, mise en scène, scénographie, images : Mohamed Rouabhi

Assistanat à la mise en scène, dramaturgie, régie vidéo : Jeanne Louvard

Avec : Bijou, Inès, Ucoc, Karim Ammour, Kouthair Baccouche, Géraldine Bourgue, Mouloud Choutri, Marisa Commandeur, Cyril Favre, Farid Hamzi, Ricky Tribord, Mylène Wagram, Peggy Yanga

Et les voix de : Thierry Desroses, Octave Lai, Issa Bidard

Et la chorale Moun Bwa dirigée par Inès, avec AC, Delphe, Sweaf’viv, Peggy Yanga

Musique originale : Yed

Chorégraphie, danse : RV Sika

Lumière : Nathalie Lerat

Son : Thierry Rallet

Régie générale : Julien Barbazin

Théâtre Gérard-Philipe • 59, boulevard Jules-Guesde • 93207 Saint-Denis cedex

Renseignements et réservations : 01 48 13 70 00

info@theatregerardphilipe.com

Du 4 février au 1er mars 2008, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures

Relâche le lundi et le mardi 5 février 2008

Durée : 3 h 20, entracte inclus

20 € | 15 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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