Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 21:10

« Sauve qui peut, pas mal comme titre » :

l’abjecte sociabilité des exterminateurs

 

Dans « Sauve qui peut, pas mal comme titre », la compagnie belge Tg STAN compose, à partir des « Dramuscules » de Thomas Bernhard, l’image d’une société qui emballe l’horreur et la violence dans les chiffons des stylistes à la mode.

 

L’écriture de Thomas Bernhard, c’est avant tout un rythme du langage, fait de scansions, d’accents, et de longues périodes à dérouler jusqu’au bout du souffle de l’acteur. La parole s’organise selon une musicalité mécanique qui met au jour le rythme intérieur de l’individu, ses obsessions, la circularité de sa pensée. Elle produit comme un bruit régulier, qui détourne l’auditeur du sens et de la logique, pour l’entraîner sur le terrain de l’émotionnel et de l’irrationnel. Elle est aussi le témoin de la présence, au cœur du langage, de la parole sociale et impersonnelle, vecteur potentiel de la violence des idéologies les plus extrêmes… En somme, l’écriture de Bernhard joue avec la révélation et la dissimulation de l’abject, qui malgré les efforts et les conventions, surgit comme une pulsion, à travers le rythme de la parole.


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© Herman Sorgeloos


Les acteurs de Tg STAN font entendre le souffle des textes de Thomas Bernhard, leur rythme, leur musicalité. Loin de tout « psychologisme », ils évitent la caricature et parviennent à laisser de la liberté à leur jeu et à leur interprétation des personnages. Pas d’enfermement dans des intentions, dans des directions de jeu prédéterminées, c’est le flot de la parole qui guide l’acteur. Les protagonistes des Dramuscules apparaissent alors dans toute leur actualité, sous la forme menaçante de bourgeois vulgaires et fascistes. Le choix de la classe sociale n’est pas anodin, puisque à la bêtise et à la cruauté s’ajoutent alors l’argent et la puissance… Un cocktail détonnant qui est un des thèmes récurrents de Thomas Bernhard.


Si le jeu est donc de grande qualité, la mise en scène, elle, est assez déconcertante. Relativement dépouillée, elle apparaît comme contrainte par la surcharge du décor et des costumes. Peut-être intentionnellement, les acteurs se retrouvent cantonnés à un petit bout de scène, coincés par le fatras, limités dans leurs déplacements. On peut alors déplorer cet enfermement, ou le percevoir de façon symbolique, comme une manifestation extérieure de l’exiguïté du monde dans lequel vivent les personnages, et de leur étroitesse d’esprit… De la même façon, on peut être agacé par les changements constants de costumes, ou bien y voir le parangon du maniérisme alambiqué d’une société des apparences… Quoi qu’il en soit, tout contribue à la focalisation sur le corps et le jeu des acteurs, et ça en vaut la peine : libres et sinueux, ils paraissent jouer de façon presque acrobatique avec la pesanteur des mots, avec l’abject et la cruauté. 


Diane Launay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


« Sauve qui peut, pas mal comme titre », texte d’après les Dramuscules de Thomas Bernhard

www.stan.be

Mise en scène : Tg STAN

Avec : Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo et Damian De Shrijver

Théâtre Garonne • 1, avenue du Château-d’Eau • 31300 Toulouse

05 62 48 54 77

www.theatregaronne.com

Du 29 janvier au 2 février à 20 h 30

19 € | 15 € | 11 € | 9 €

Tournée

– les 4 et 5 février 2008, Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence, www.vitez.fr.st

– du 11 au 15 février 2008, Le Point du jour, Lyon, www.lepointdujour.fr

– du 13 au 15 mars 2008, Le Maillon, Strasbourg, www.le-maillon.com

– du 17au 21 mars 2008, Théâtre Saint-Gervais, Genève, www.sgg.ch

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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