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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 14:42

La mise à nu d’une confession

 

« Agatha », texte publié en 1981, sonne comme une confession. Celle de Marguerite Duras, qui y dévoile un lourd secret de famille. Ce secret n’est autre que l’amour incestueux qui la lia à son frère aîné. Celui dont le souvenir la hante depuis son décès en 1942. La metteuse en scène Julie Rodrigue s’est penchée sur cette œuvre, et ce sont les comédiens de sa compagnie Accords et âmes, Gaëlle Merle et Nicolas Fustier, qui incarnent Agatha et son frère « aimé ».

 

Les deux protagonistes sont adolescents lorsque s’éveillent en eux ces émois terribles qui les pousseront l’un vers l’autre. Ils passent alors toutes leurs vacances dans la villa familiale qui porte le nom de la jeune fille. C’est entre les murs de ce sanctuaire qu’ils se révéleront l’un à l’autre. Au début du spectacle, c’est également là qu’ils se retrouvent. Agatha est venue annoncer à son amour qu’elle le quitte, qu’elle choisit de fuir cette relation hors norme. La « séparation » est alors l’occasion pour eux d’évoquer les souvenirs de cette passion. Pour Julie Rodrigue, c’est celle de mettre en scène les confidences de Marguerite Duras, dont nous, spectateurs, seront les témoins attentifs.


Dans le texte, Agatha dialogue avec son frère, mais sur scène elle fait toujours face au public. En fait, c’est à nous que ces mots s’adressent, comme si elle cherchait surtout à rendre publique son histoire et, au-delà, à susciter notre compassion et obtenir notre absolution. Voilà pourquoi la mise en jeu de cette confession écrite s’impose comme un moment grave, un moment solennel. Le jeu de la comédienne Gaëlle Merle est alors de circonstance. Elle se tient droite, bouge peu. Elle déclame son texte lentement. Sa voix est claire et haute, son ton neutre et froid. Le jeu est volontairement inexpressif. C’est un choix assumé de la mise en scène, mais qui, moi, ne m’aide pas à entrer dans le spectacle.


Heureusement, le jeu de Nicolas Fustier est plus en nuances. En effet, sous une voix et des gestes maîtrisés, contrôlés et lents, apparaît un visage ravagé, crispé, au regard agité, signes des tourments intérieurs avec lesquels son personnage se débat. Il y a de la dignité, de la retenue, mais l’émotion y trouve subtilement sa place.


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Je voudrais par ailleurs saluer le jeu des lumières et les costumes qui maintiennent l’intrigue dans une ambiance étonnante. Le propos est grave, les silences dominent, mais l’ambiance est « disco ». Oui, oui, « disco ». Tout y est, la musique des années 1970, les costumes pailletés et même la boule à facettes. Le contraste choque et met en alerte, car chaque mot sera entendu désormais avec d’autant plus de force qu’il sera en décalage avec l’ambiance. Et ce décalage se retrouve aussi sur les comédiens eux-mêmes qui, malgré une attitude rigide, arborent des tenues colorées et des perruques improbables. Ces « déguisements », ils les délaissent au fur et à mesure qu’ils se délivrent de leur intime secret. C’est un déballage du cœur, qu’accompagne celui du corps puisqu’ils se retrouvent à un moment, tous deux, totalement nus sur scène.


En théorie, la nudité, ici, peut se justifier. Mais à mon tour de me confesser et de déclarer qu’elle m’a semblé superflue. Elle m’est apparue comme étant le geste de trop, qui à cause d’un tout petit rien nous fait basculer du tragique vers le comique. Ce strip-tease me laisse définitivement un sentiment d’incongruité.


J’aimais l’histoire d’Agatha, j’aimais l’idée de la transgression qu’un tel propos pouvait susciter. J’aimais la force d’une telle histoire et la dimension tragique qu’elle pouvait apporter. Finalement, je suis un peu déçue par la mise en scène, qui, par excès de retenue, m’a totalement refroidie et par cette mise à nu maladroitement métaphorisée. 


Kandida Muhuri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Agatha, de Marguerite Duras

Cie Accords et âmes

Mise en scène : Julie Rodrigue

Avec : Gaëlle Merle, Nicolas Fustier

Théâtre des Enfants-Terribles • 157, rue Pelleport • 75020 Paris

www.lesenfantsterribles.fr

contact@lesenfantsterribles.fr

Métro : Télégraphe

Réservations : 01 46 36 19 66

Du 29 janvier au 22 février 2008, du mardi au samedi à 21 heures

16,50 € | 11,50 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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