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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 21:07

Théâtre politique

 

Certains noms d’écrivains ne nous évoquent rien. Pourtant, leurs œuvres mériteraient de sortir de l’oubli. Celles d’Ernst Toller sont dans ce cas. Ce dernier est un écrivain engagé, dans la lignée de Brecht. Son expérience révolutionnaire et son emprisonnement lui inspirent une pièce en 1927 : « Hop là, nous vivons ! », dont la fin résonne étrangement avec celle de son auteur.

 

Séparé de ses camarades, emprisonné pendant huit ans dans un asile d’aliénés, Karl Thomas retrouve enfin la liberté. Le régime capitaliste qu’il avait combattu prospère, avec comme ministre de l’Intérieur un de ses anciens compagnons. Les années d’emprisonnement n’ont pas entamé les idéaux de Karl. De nouveau, il veut combattre le régime. Mais ses camarades ont changé, ils se sont habitués à ce système. Pour l’action, il faudra attendre. Karl Thomas se retrouve sans repère dans un monde de fous. Il ne s’y résoudra pas et deviendra pour tous un danger.


La mise en scène de Christophe Perton est extrêmement riche et variée. Chaque scène est un tableau, résultat de techniques différentes. Perton utilise les idées de grands metteurs en scène tels que Lugné-Poe, comme le voile de Pelléas et Mélisande, qu’il posait entre la salle et la scène pour donner à l’histoire un air d’irréalité. Cette sensation est perceptible durant le séjour de Karl dans l’asile. On retrouve aussi la volonté de Gordon Craig, célèbre metteur en scène et théoricien du début du xxe siècle, de changer de décor sans baisser le rideau ou plonger la scène dans l’obscurité. Tout se fait devant les yeux du spectateur, donnant ainsi un rythme toujours plus rapide à la pièce. Christophe Perton compose ainsi ses scènes à l’aide d’idées anciennes, mais aussi de ses propres trouvailles. Parallèlement à ces « emprunts » du début du xxe siècle, il recrée une ambiance d’époque en faisant vivre ses personnages au rythme d’airs de jazz. Quant aux chorégraphies, elles viennent renforcer, par leur légèreté, l’incompréhension de Karl Thomas face au devenir de la société en créant un contraste entre insouciance et gravité.


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C’est un plongeon dans l’Histoire que nous fait effectuer Christophe Perton grâce à l’utilisation de moyens cinématographiques. Les images projetées à différents endroits, par leur aspect de documentaire, donnent un air dactualité et duniversalité à la pièce. Les sujets que sont la corruption, l’étouffement de mouvements, les revirements de bord de certaines personnes trouvent un écho à ce que l’on peut retrouver aujourd’hui dans nos sociétés. Si la musique se veut légère, les images muettes qui défilent renforcent l’aspect tragique de la pièce et celui de l’existence. Ce drame de la société opprimée, du pouvoir jalousement gardé par le gouvernement, restera, semble-t-il, une réalité jusquà ce que la politique ne soit plus laffaire de quelques personnes.


Reste à saluer la performance des acteurs. Si le rôle central revient à Gauthier Baillot, avec sa brillante interprétation de l’idéaliste désabusé, les seconds rôles ont également leur importance. Chacun d’eux nous présente un trait de caractère complexe. Les jeux de mise en scène et la forte présence des comédiens engagent les spectateurs à se plonger dans cette pièce de théâtre contestataire. On en ressort troublé et révolté, prêt à se lancer dans la bataille. 


Chloé Chochard-Le Goff

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Hop là, nous vivons !, de Ernst Toller

Mise en scène : Christophe Perton

Assistante à la mise en scène : Aurélie Édeline

Avec : Gauthier Baillot, Yves Barbaut, Juliette Delfau, Aurélie Édeline, Ali Esmili, Vincent Garanger, Pauline Moulène, Anthony Paliotti, Nicolas Pirson, Nicolas Struve, Samuel Theis, Claire Wauthion, Olivier Werner

Conception, réalisation vidéo : Bruno Geslin, Clément Martin, Samuel Perche

Lumières : Thierry Opigez

Son : Frédéric Bühl

Costumes : Paola Mulone

Scénographie : Malgorzata Szczesniak

Assistante, maquettes et suivi : Diane Thibault

Maquillage : Véronique Désir

Masques : Cécilia Delestre

Dramaturgie : Pauline Sales

Relecture de la traduction : Sylvia Berutti

Théâtre des Abbesses • 31, rue des Abbesses • 75018 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

Du 6 au 23 février 2008 à 20 h 30, dimanche 17 février 2008 à 15 h

Durée : 2 h 5

23 € | 16,50 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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