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5 février 2008 2 05 /02 /février /2008 11:23

Las Vegas, baby !

 

Paris, il y a une dizaine d’années. En faisant un tour dans les petits cabarets, on trouve Alexandre Pavlata. Élevé à la comédie musicale, le jeune Parigot a un fantasme : entrer dans les chaussures de Gene Kelly ou de Frank Sinatra. Il veut une scène, sa scène, où il pourrait flirter avec l’humour et le glamour. Francky O. Right, le personnage, est né à ce moment-là, presque au hasard. C’est ainsi qu’il est arrivé à la Comédie de Paris et qu’il rejoue chaque soir pour nous tous les sketchs du jeune Pavlata en un grand spectacle.

 

undefinedAvec un délicieux arrière-goût de Gad Elmaleh, Francky O. Right est une satire des États-Unis. Si vous décidez d’aller voir ce show, vous ne verrez certainement plus Las Vegas de la même façon. Vous ne pourrez plus penser aux stéréotypes de la drogue, des femmes, du show et de l’amour sans vous remémorer ce cher Francky. Vous êtes aux premières loges. Il vous sera lancé des tas d’artefacts, des fausses drogues, des boissons, tous des clichés américanisés, pour que vous aussi puissiez témoigner du ridicule de ces idées préfabriquées. Vous aurez du show, de la musique et des paillettes, un club miniature. Vous ferez connaissance avec Daisy, une petite amie très… hmm… originale, actrice horripilante, liée à son partenaire… comme les deux doigts de la main. Enfin, même si vous n’êtes pas un pro en anglais, encore moins en anglais américain, il n’y a vraiment pas besoin d’un diplôme pour comprendre. Et puis, vous aurez tellement l’occasion de lancer des « baby », des « alright » et des « yeah » que vous aurez votre base linguistique à la sortie.


Histoire de mettre à l’aise, Francky entre dans la salle comme tout le monde, par la porte principale. Avec l’air de celui qui arrive alors que le spectacle a déjà commencé depuis dix minutes, il lance un « hey ! » bien américain orné d’un sourire de bonimenteur, avant d’emprunter le chemin vers la scène. Un spot suit son costume pailleté, ses cheveux parfaitement laqués et son visage maquillé, tandis qu’il tente d’entrer maladroitement en contact direct avec quelques spectateurs. Ça marche très bien, d’ailleurs : on se sent tous un peu gênés, hésitants, on ne sait pas trop quoi faire, on se demande si le reste du spectacle va se résumer à ça ou s’il va évoluer. Une fois sur scène, le comédien commence vraiment le spectacle. Peu à peu, il va plus vers le jeu de mots que vers la mimique, finit par les allier avec brio. On est ravis ! On est encore plus ravis du fait qu’il ne fait pas semblant : il se met réellement dans les situations les plus impossibles. Je pense à la scène postdrogues. Francky vient de prendre le plus grand speedball du monde – vous verrez ce que c’est une fois là-bas. Il compte nous montrer les effets dévastateurs que ce cocktail produit sur lui, jusqu’à y perdre son slip. Bref regard dans la foule. Au premier rang, un petit garçon ravi, un sachet de fausse cocaïne dans les mains, aux côtés d’une vieille dame qui n’a pas décoincé les zygomatiques depuis le début de la pièce. Légère panique à bord. To strip or no to strip ? Oh, allez, strip ! Voilà le politiquement incorrect exhibé, sous le regard effaré de la mamie et les sanglots de rire du reste de la salle.


C’est sûrement ça, le revers de l’histoire. Trop, c’est trop. Trop de blagues qui s’enchaînent, c’est lourd. Les mêmes clichés repris et re-retravaillés, ça ennuie. Et puis le politiquement correct est carrément saccagé à coups de « fuck » et de « goddam » toutes les deux secondes. Par moments, on rit jaune. Parfois, on ne rit pas du tout… Il faut se dire une chose : Francky n’a pas froid aux yeux et son public ne le doit pas non plus. Évitez peut-être d’y emmener vos enfants sages et innocents. En dessous de treize ans, n’y pensez même pas. Et si vous êtes plutôt intellectuel, plutôt pour les lectures théâtralisées ornées d’un humour subtil et fin, restez chez vous. On n’y apprend rien, il n’y aucune profondeur, on frise le scandaleux et, en plus, la langue n’est pas très châtiée. Il dit lui même : « Je vous aime bien, les gars ! C’est pas comme hier soir, hier soir, c’était la soirée grosses têtes, c’était… waoh !… effrayant. ».


Donc, oui ? Non ? Peut-être ? Ne vous en faites pas, soyez un peu décontractés, et ces détails disparaissent bien vite. Une fois entré dans le jeu complètement loufoque du meilleur looser de Las Vegas, on se laisse aller, et on se rend compte qu’on était simplement dans une attitude trop rigide aux premières minutes du spectacle. Car c’est là l’intérêt de ce genre de one-man-show. C’est une gigantesque hyperbole, une moquerie permanente, un feu d’artifice allumé par une lampe-tempête. En faisant le clown, il avance masqué. Il nous rappelle, en fait, que cette idée des U.S.A. scintillants est présente un peu partout où nous allons, et que nous feignons de l’oublier pour paraître plus malins. Mais au lieu de nous voiler la face, nous devrions en rire, car c’est le rire qui nous sauvera – c’est le rire qui l’a sauvé, lui. Il nous réapprend à être de vilains adolescents qui se foutent de tout. C’est tout ce que j’aime du one-man-show. Une heure de mâchoires déboîtées de rire pour les grands enfants. Francky’s alright ! Alléluia ! 


Betty Rose

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Francky O. Right, d’Alexandre Pavlata et Philippe Martz

Gérard Drouot Production • 4, rue Chauveau-Lagarde • 75008 Paris

01 44 94 91 50 | télécopie : 01 44 94 91 60

info@gdp.fr

www.gdp.fr

Mise en scène : Alexandre Pavlata et Philippe Martz

Avec : Alexandre Pavlata

Comédie de Paris • 42, rue Pierre-Fontaine • 75009 Paris

Réservations : 01 42 81 00 11

Du 15 janvier au 28 mars 2008, du mardi au samedi, à 21 h 30

Durée : 1 h 20

26 € | 30 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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