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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 19:19

Décollage réussi

 

Issu d’une espèce rare – le pingouin volant –, Jean-Jacques Vanier déploie ses ailes et nous invite à le suivre à travers une série d’observations et d’anecdotes, qui nous entraînent dans les méandres du vécu de son personnage.

 

Une musique rythmée, un homme aux pas de danse maladroits. La musique cesse, l’homme ouvre la bouche. Il en sort des intonations hésitantes, syncopées. Bon. Les premières phrases s’enchaînent rapidement. On n’a pas examiné le cadre de l’action que le récit est déjà entamé. Bon. Bon, car Jean-Jacques Vanier l’est incontestablement. C’est lui que l’on doit regarder et rien d’autre. La chaise et la table ne sont là que pour l’accueillir, le reste du temps on ne les remarque pas. C’est lui-même qui construit son espace. Cet homme qui semblait être un personnage pas très sûr de lui se révèle être un conteur hors pair. Il passe du coq à l’âne sans qu’on n’y trouve rien à redire, tellement tout nous paraît solidement ficelé. Et pourtant, sans ce mot, sans cette phrase qui permet de sauter d’un sujet à l’autre, ses paroles n’auraient pas grand sens. On assimilerait sans doute cela à une sorte de délire, de divagation.


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© Lot


L’homme qu’interprète Jean-Jacques Vanier fait partie de ces êtres qui ont l’impression de ne pas avoir de place dans la société. Rejetés, incompris, ils se considèrent comme inadaptés au monde qui les entoure. Ce « pingouin » va alors chercher à en deviner les raisons en écrivant tour à tour au président de la République et au Premier ministre, puis en se rendant chez un psychologue. Dans ce contexte-là, il se permettra de donner libre cours à ses pensées. Toujours présent, le regard constamment éveillé, il ne s’accorde pas une minute de répit. Même ses silences n’en sont pas vraiment puisque ses yeux prennent alors le rôle de la parole. Ce jeu nous envoûte et l’on voit chacun des tableaux qu’il raconte : Eisenhower qui scrute tandis que de Gaulle cherche un poème codé en vain ; la jeune fille qui essuie les ailes d’une mouette avec du « détergent à mouettes » ; le papillon convaincu qu’il traversera la vitre… Le rapport entre tout ça ? Des souvenirs, des rêveries liées aux étapes de la vie de cet homme inadapté, qui lui ont finalement permis de prendre conscience de sa liberté et de trouver ainsi le sens de la vie.


Chaque phrase et chaque attitude s’accompagnent de grands éclats de rire. Une certaine légèreté flotte au-dessus du public et parvient à établir une certaine communication entre toutes ces personnes : la communication par le rire. Larmes aux yeux et joues tendues, tous les symptômes de l’hilarité sont présents. On est admiratif de la façon dont Jean-Jacques Vanier parvient à faire émaner de lui cette dose d’humour, tout en restant en apparence un être déstabilisé par la société. Si d’ordinaire les pingouins préfèrent les basses températures, celui-ci nous a honorés de sa présence dans une ambiance très chaleureuse. 


Chloé Chochard-Le Goff

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Envol du pingouin, de François Rollin et Jean-Jacques Vanier

Mise en scène : François Rollin

Avec : Jean-Jacques Vanier

Régie : Nicolas Priouzeau

Costumes : Hélène Kritikos-Voisin

Lumière : Jean-Pierre Créance

Théâtre de l’Ouest-Parisien • 1, place Bernard-Palissy • 92100 Boulogne-Billancourt

Métro : ligne 10, station Boulogne ; Pont-de-Saint-Cloud, sortie avenue Jean-Baptiste-Clément, remonter à la hauteur du numéro 60

Tramway : T2 (Issy-Val-de-Seine - La Défense), arrêt Parc-de-Saint-Cloud

Vendredi 1er février et samedi 2 février 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

29,90 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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