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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 22:48

Machine de l’amour
et amour de la machine


Par Louise Pasteau

Les Trois Coups.com


Lorsqu’on arrive dans la petite salle du Théâtre de la Colline, il fait tout blanc, il y a des papillons, et l’on pourrait croire à l’organisation contemporaine d’un paradis qui se ferait sur un plateau de théâtre. Les comédiens sont déjà là, ils distribuent de quoi se sentir bien – de la bière et des coussins. Ils cherchent une rallonge, s’interpellent, branchent des micros pour que puisse commencer cette conférence théâtrale, parfois chantée, drôle et qui vous donne envie d’aimer.

Qu’est-ce que l’amour ? Et l’intelligence ? L’amour de l’intelligence et l’intelligence de l’amour. Et la réciprocité dans tout ça ? Est-ce que l’autre… ? Qu’est-ce qui se passe quand on aime ? Est-ce que c’est possible de rationaliser l’amour, de l’organiser ? Est-ce qu’il faut en parler ?

A priori, oui. Et pour en parler, les mots de Gildas Milin, tout feutrés qu’ils soient de candeur, tombent à pic. Car, bien que décontractés, les anges-comédiens, déroutés par le propos dont ils ont la charge, ont du mal à prendre la parole. Les lèvres tremblent, la voix se trouble, on bégaye. Comme s’il était difficile de maîtriser les bouches quand elles se mettent à parler d’amour et de papillons dans le ventre. Pourtant, la grâce touche le jeu clair et léger de ces interprètes qui, les uns après les autres, prennent possession du plateau en tentant d’intellectualiser la démarche amoureuse de ceux qu’ils incarnent. Le corps et l’âme se dédoublent, se déconnectent et se dissocient, comme libérés chacun dans l’expression de ce qui est dit. Les gestes et les mouvements se mettent à parler, comme signant les mots et les émotions au fil d’un spectacle dont les contours s’éparpillent à la manière des nuages.

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« Machine sans cible » | © Jean-Gabriel Lopez

La réalité de l’instant prime. Le texte – tel un souffle – oxygène l’espace nu de la scène et s’accorde parfaitement avec ce qu’on y défend. Au naturalisme et à l’épure, viennent se mêler onirisme et poésie. On chante, on danse. On écoute. On passe ainsi deux heures, deux heures de nos vies, sans que pourtant le temps ne soit plus compté qu’avec intelligence et amour. Et humour. À force de mots, de questions et de débats, on finit par s’en remettre à la technologie, à l’expérience d’un petit robot cylindrique à roulettes qui est censé ressentir l’amour et les vibrations… Parce que Machine sans cible est une pièce moderne qui réjouit, une pièce sensible qui n’établit pas, qui envisage. Les sept comédiens sont alertes, émouvants et émus. D’ailleurs, l’un d’entre eux finit par dire « Je t’aime », lui, celui qui a écrit, mis en scène, et qui joue, aussi – parce qu’il sait tout faire. Il finit par dire « Je t’aime ».

Parce que, en ce moment, le petit Théâtre de la Colline s’est mué en un ventre pour accueillir son public, sept papillons et un robot ; que le cœur lui bat et que l’abdomen le secoue. De quoi rire et pleurer. De quoi avoir envie. 

Louise Pasteau


Machine sans cible, de Gildas Milin

Mise en scène : Gildas Milin

Avec : Marc Arnaud, Morgane Buissière, Julia Cima, Rodolphe Congé, Éric Didry, Déborah Marique, Gildas Milin

Création costumes : Magali Murbach

Scénographie : Françoise Lebeau et Gildas Milin

Création lumière : Bruno Goubert

Régie générale: Éric Da Graça Neves

Assistants : Guillaume Rannou, Yann Richard

Stagiaire mise en scène : Quentin Bonnell

Théâtre national de la Colline • 15, rue Malte-Brun • 75020 Paris

Réservations : 01 44 62 52 52

Du 17 janvier au 23 février 2008

Durée : 2 heures

De 13 € à 27 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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