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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 23:28

Une « métaphiore » de caf’conc’


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Le T.O.P., que l’on pourrait pour l’occasion requalifier en Théâtre de l’Ouest « populaire » fait dans la psy de caf’conc’ au top. On retrouve Yvette la chanteuse réaliste et son musicien Léon pour une fantaisie « lyrico-psychanalytique » autour de quelques chansons, d’un piano forte et de « lapsi » percutants. L’air de rien, mine de tout, la thérapie fait, jeux de mots aidant, son effet et cette analyse en musique finit par nous faire rire. Sans complexe.

undefinedEn 1889, Freud participe à Paris au Congrès international d’hypnotisme. Sur les conseils de Mme Charcot, il va écouter la jeune Yvette Guilbert au café-concert L’Eldorado. La relation d’amitié et d’admiration mutuelle qui se noue entre la chanteuse et le psychanalyste a inspiré à Hélène Delavault son spectacle.

La pièce débute par l’entrée en scène du pianiste d’Yvette, entrée qui signe le début d’une répétition imaginaire alternant chansons et disputes autour des théories freudiennes. Lui y croit et fait de l’interprétation psychanalytique une obsession ; elle, sceptique, résiste. Entre eux, les piques et traits d’esprits fusent, les calembours s’accumulent, les langues dérapent en toute inconscience. Bref, les lapsus – pardon : les « lapsi », pluriel idoine selon Mme Yvette – sont au « top ».

Autant le dire immédiatement, le spectacle est réjouissant. Les deux acteurs, tout aussi bien musiciens et chanteurs, sont pleins d’une verve communicatrice. Cette bienheureuse polyvalence leur permet une grande mobilité : tantôt au piano, tantôt au-devant de la scène, chantant ou se racontant indifféremment.

Malgré l’homogénéité globale du spectacle, l’on regrette cependant quelques séquences un peu brutalement introduites. Ce manque de transition est d’autant plus flagrant que Jean-Pierre Drouet pianiste et Hélène Delavault chanteuse sont parfois en discordance, comme à contre-temps. Ainsi, le spectacle débute et se clôt avec la même rapidité : sans préambule ni véritable conclusion. Point d’explication sur la motivation de cette rencontre, point de message subliminal ni de sens caché. Sans doute est-ce la meilleure façon de comprendre le spectacle : une parenthèse « psychanalyrique », une fantaisie de « métaphiore » (processus freudien de condensation : la langue dérape et part avec son mot-valise dans une réalité à mi-chemin de la castafiore et la métaphore), qui met en musique les lapsi. Andante et fortissimo s’il vous plaît.

La scénographie, réduite à la présence centrale d’un piano à queue, est relevée – outre la grande mobilité des deux acteurs – par un jeu de lumière simple mais efficace. L’usage du projecteur permet de jouer à l’avant-scène avec les techniques du café-concert. Seul l’usage de la sonorisation est une véritable erreur franchement incompréhensible et parfaitement désagréable. Pourquoi affubler d’un micro une mezzo-soprano et un bon acteur ? Les chansons en deviennent criardes, les voix se perdent dans un écho métallique, l’on perçoit non seulement les souffles des acteurs mais aussi celui des enceintes. Voilà qui dessert la représentation dans son ensemble. C’est dommage.

Il reste que ce spectacle sans prétention, qui s’assume comme une « fantaisie lyrico-pseudo-psychanalytique », remplit son pari freudien : chanter notre petite musique intérieure, rendre notre inconscient manifeste, monter nos obsessions à la scène et finir par en rire, sans complexe. On peut y aller ne serait-ce que pour savoir si « les artichauts se mangent froids ou chauds » ou comment « chasser les escargots au lasso » (sic !). 

Cédric Enjalbert


Yvette et Sigmund ou les Gants noirs de la psychanalyse… une fantaisie lyrico-pseudo-psychanalytique pour chanteuse et percussionniste, d’Hélène Delavault

Avec : Hélène Delavault et Jean-Pierre Drouet

Collaboration à la mise en scène : Jean-Claude Durand

Costumes : Sylvette Dequest

Lumières : Jean Grison

Théâtre de l’Ouest-Parisien • 1, place Bernard-Palissy • 92100 Boulogne-Billancourt

Réservation : 01 46 03 60 44

www.top-bb.fr

Les 25, 26 janvier 2008 à 20 h 30, le dimanche 27 janvier 2008 à 16 h

Durée : 1 h 15

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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Livia 10/12/2009 13:08



Cédric Enjalabert : Nous vous invitons au LUCERNAIRE, au spectacle UN SOIR À MONTPARNASSE, conçu par Hélène Delavault et Vincent Colin, avec
Philippe Blancher et Cyrille Lehn au piano, mise en scène Vincent Colin. jusqu'au 23 janvier 2010, de mardi au samedi à 20 h - dimanche à 17 h. (relâche le 25/12 et le 1/javier). À partir de
textes, chansons et poèmes de l'entre-deux-guerres.


Nous serions heureux de vous accueillir. Le spectacle n'es pas sonorisé, nous sommescertains que vous passerez une bonne soirée et que vous le ferez savoir.



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