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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 21:17

Ça tourne au ralenti


Par Franck Bortelle

Les Trois Coups.com


Hollywood, la ville où ça « tourne ». Où tout tourne autour d’une seule chose : le cinéma. Ce cinéma autour duquel s’agitent des kyrielles d’individus, dont l’univers se réduit à une seule chose : leur petit nombril. « Une souris verte » est une exploration hilarante de ces mouches du coche menée par une comédienne épatante, malheureusement bien seule pour défendre un texte brillant.

Diane, attachée de presse, attachée de près, longe très courte, à son poulain Mitchell, star montante d’Hollywood, qu’elle aime comme une lesbienne aime un gay. Mitchell tombe sur un gigolo et en tombe surtout amoureux. Lequel gigolo vit avec sa copine, qu’il a mise en cloque. Une pièce de théâtre FOR ! MI ! DABLE !, qu’a vue Diane et qu’elle voudrait bien adapter au cinéma pour son protégé, va mettre le feu aux poudres.

Avec tout l’humour vachard dont sont capables les Britanniques dès qu’il s’agit de montrer d’un doigt goguenard les travers de leurs homologues anglophones d’outre-Atlantique, Douglas Carter Beane dresse un état des lieux méchamment drôle et sarcastique de cette merveilleuse société du spectacle. Mais attention aux apparences, elles peuvent être trompeuses ! Mr Beane n’est point sujet de Sa Très Gracieuse Majesté, mais un enfant de l’État de Pennsylvanie. Comme quoi, méfiez-vous des apparences ! Celles qui vous sautent aux yeux pour mieux vous péter en pleine poire dès que vous aurez le dos tourné…

S’il est un milieu où les apparences sont souvent trompeuses parce que en grand besoin d’être sauvées, c’est bien celui du spectacle. Le texte d’Une souris verte, dans ce registre, ne ménage rien ni personne, tout en délivrant un message subtil contre la dictature de l’establishment, l’homophobie, et en faveur du droit à la différence. Chacun en prend pour son matricule : les attachées de presse, divas des brasseries qui mettent un quart d’heure à commander une petite salade en exigeant « qu’aucun morceau ne se touche » ; les comédiens prêts à tout pour décrocher un rôle ; les producteurs et scénaristes plus apôtres du père Sifflage et de la mère Cantilisme que du saint des saints. Ça ratisse large !

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Et pourtant, ya un hic ! La mise en scène remplit grosso modo son office, en insufflant rythme et entrain à un texte persillé de mots franchement drôles. Notamment grâce à un décor. Une turne tournante qui se module en un tournemain, véritable métaphore du cinéma, cet art qui tourne et tourne et tourne encore… C’est efficace, pas de problème de ce côté-là. Non, le bât blesse plutôt du côté de l’interprétation. Ils sont quatre présents sur scène, dont trois absents de leur rôle. Ça fait mal, forcément.

Raphaëline Goupilleau a beau avoir un talent immense, de l’expérience (et quelle expérience : Corneille, Marivaux, Ribes au théâtre ; Téchiné, Nolot au cinéma), une voix et un jeu à la Balibar, une diction parfaite qui embellit un texte déjà beau, elle ne peut pas grand chose face aux carences de ses partenaires. Si Arnaud Binard, moins gâté par un rôle plus effacé, s’en sort honorablement, Julie Debazac est totalement absente et semble subir son rôle au lieu de le porter haut. Quant à Édouard Collin, reproduisant à l’intonation près la fadeur de son phrasé dans les Amazones, il plombe la pièce par un manque total de nuances, confondant jouer fort et jouer juste. Belle gueule, on le savait. Beau cul, on le sait désormais grâce à une scène furtive mais suffisante pour que la faune maraisienne s’arrache les places des premiers rangs. Mais ça ne fait pas tout et surtout pas un comédien.

Par ailleurs, la prévisibilité des réactions dans la salle n’est pas toujours bien maîtrisée, ce qui prive le public de quelques répliques couvertes par les rires. Mais cela ne serait qu’un détail si, en lieu et place de cette distribution au rabais, cette Souris verte bénéficiait d’un vrai casting. 

Franck Bortelle


Une souris verte, de Douglas Carter Beane

Mise en scène : Jean-Luc Revol

Assistante à la mise en scène : Valérie Thoumire

Avec : Raphaëline Goupilleau, Julie Debazac, Arnaud Binard, Édouard Collin

Adaptation : Jean-Marie Besset

Décors : Sophie Jacob

Costumes : Aurore Popineau

Lumières : Bertrand Couderc

Théâtre Tristan-Bernard • 64, rue du Rocher • 75008 Paris

Réservations : 01 45 22 08 40

À partir du 22 janvier 2008, du mardi au samedi à 21 h et samedi à 18 h

De 20 € à 34 €, mercredi 15 € à 28 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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