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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 15:13

Sacré théâtre

 

Un mélange d’appréhension et de curiosité. Voilà mes sentiments avant que les lumières ne s’éteignent. Je me suis retrouvée face à une joyeuse surprise, un cocktail détonnant et loufoque.

 

Divino amore, c’est d’abord un décor, superbement laid. Avant même que la pièce ne commence, on peut distinguer dans la pénombre une première anomalie. Le traditionnel rideau rouge en velours est remplacé par du strass argenté et hideux, rappelant les boules à facettes de la période disco. Au centre de la scène, trônent deux prie-Dieu. Ce contraste donne le ton de la pièce, où le kitsch éblouissant rencontre le religieux décadent. Des palmiers en plastique, des nains de jardin viennent compléter le tableau par la suite. Le panneau au fond de la scène est aussi tendu de strass. Il changera de couleur au fil des ambiances. C’est derrière ce panneau, qui représente les coulisses, qu’aura lieu un fameux « strip-tease biblique ».


Divino amore, c’est encore des costumes. Ils sont excentriques, extravagants et ridicules. Des perruques improbables, des cils démesurés habillent quatre comédiens au jeu jubilatoire. Ils sont fantastiques lorsqu’ils surjouent à la manière de ces « martyres de l’art » (voir ci-après). Le bonheur de ces comédiens est communicatif. Les applaudissement, déjà fournis, ainsi que l’hilarité ont redoublé devant leurs ultimes fantaisies au moment de saluer le public.


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« Divino amore » | © Philippe Delacroix


Divino amore, c’est enfin une histoire, décalée et fantasque. Bruna, géniale Marilù Marini, raconte avec nostalgie son passé. Celui d’une troupe qui tentait de convoquer le divin sur scène dans une sorte de cave près du Vatican. Ils s’y employaient avec ferveur, en faisant revivre saints et martyres. Un calvaire sacré dont le public avait l’outrecuidance de se moquer ! Ces mélodrames religieux sont un « théâtre inutile et sacré ». Les comédiens nous en donnent un brillant aperçu avec la tragédie de Salomé, princesse de Judée, lubrique à souhait. Le grand écart entre le prophète bestial et la nouvelle idole disco est savoureux.


Divino amore, c’est simplement un spectacle multifonction. Un unique but : dérider le public. Un public qui rit d’ailleurs de plus en plus volontiers. Ce spectacle tient de la comédie musicale. C’est un savant mélange de théâtre clownesque, de danse et de chant. Les comédiens s’adonnent à la chanson avec un talent certain, un coffre impressionnant, sans hésiter à nous vriller les tympans pour les besoins de la foi. Je reprocherais simplement à certains intermèdes musicaux de ne pas être forcément nécessaires à la fluidité de la pièce. Et encore, je penserais sûrement autrement si je comprenais l’italien !


La mise en scène d’Alfredo Arias nous fait revivre avec bonheur et incrédulité ce théâtre impossible. Le texte d’Alfredo Arias et René de Ceccaty est surréaliste, souvent cru, presque toujours drôle. S’il fallait mettre un bémol, je dirais simplement que le texte m’a parfois semblé inégal. Je suis en tout cas sortie du théâtre le sourire aux lèvres. C’est peut-être ça, finalement, convoquer le divin sur scène. 


Myriam Lemétayer

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Divino amore, d’Alfredo Arias et René de Ceccatty

Le Groupe TSE • 99, rue de Sèvres • 75006 Paris

www.alfredo-arias.com

Mise en scène : Alfredo Arias

Assistant à la mise en scène : Hadrien Forestier

Avec : Sandra Guida, Antonio Interlandi, Marilù Marini, Alejandra Radano

Arrangements musicaux : Diego Villa

Costumes : Pablo Ramirez

Décors : Larry Hager

Lumières : Cesare Accetta

Accessoires : Daniel Cendron

Maquillages : Jean-Luc Don Vito

Régisseur général et lumière : Patrick Debarbat

Régisseur son : Julius Tessarech

Habilleuse : Élise Deneuville

Grand Théâtre de la ville de Lorient • place de l’Hôtel-de-Ville • 56315 Lorient

24 janvier 2008 à 19 h 30 et 25 janvier 2008 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

25 € | 19 € | 13 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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