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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 12:48

Famille, je vous hais !


Par Franck Bortelle

Les Trois Coups.com


« Moliérisée » en 2006, acclamée en 2007, la pièce qui évoque indirectement celle qui n’a jamais mis les pieds sur une scène de théâtre (sic !) est reprise par une jeune troupe pas vraiment à l’aise. Un spectacle déconcertant, beaucoup moins drôle qui n’y paraît.

Dans la famille des ravagés du bulbe, prenons la fille aînée. Voulant se libérer de ses chaînes familiales, elle décide qu’elle est Catherine Deneuve et que tout lui est donc permis. Ensuite, la sœur cadette, adepte du cutter pour se faire des estafilades à tour – et longueur – de bras, et qui chante dans un cabaret imaginaire. Le fils, lui, est à Bordeaux, loin de ce tumulte, qu’il regarde d’un œil torve et indifférent. Et enfin la mère. Les chiens ne faisant pas des chats, ne vous attendez pas à quelqu’un de détendu et équilibré…

On le sait : Deneuve a horreur des planches. À part pour Truffaut (dans le Dernier Métro) et Wargnier (dans Est Ouest), elle n’a jamais fait de théâtre. Faut-il chercher de l’ironie dans le choix de l’inoubliable Tristana de Buñuel comme titre à cette pièce ? Peut-être… Ce qui est certain, en revanche, c’est que nous sommes en présence d’un texte d’une incroyable noirceur, avec des personnages qu’on n’aimerait pas rencontrer tous les jours. L’incommunicabilité règne ici en maîtresse, avec des dialogues de sourds. De sourdingues même. Personne n’écoute personne, chacun se préoccupe de ses petits problèmes. On laisserait crever l’autre à côté plutôt que de lui tendre une main salvatrice.

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« Moi aussi je suis Catherine Deneuve » | © Franck Bortelle

De cette situation proche de l’absurde camusien et aussi mordante que chez Mauriac, Pierre Notte a tissé un piège arachnéen dans lequel s’empêtrent les personnages. Piège du non-dit et surtout du non-écouté. Ponctué de chansons complètement inconsistantes (volontairement, on imagine), le propos ne laisse aucune échappatoire.

Mettre en scène ce capharnaüm familial, qui s’achève en apothéose du grotesque, requiert quelques règles, à commencer par une rigueur totale. Elle n’est pas au rendez-vous, malheureusement. Livrés à eux-mêmes, les comédiens semblent subir le texte (qu’ils ne maîtrisent pas toujours, du reste) au lieu de le dominer. Les chansons, chantées sur des versions karaoké avec de nouveaux textes (on reconnaît Élisa de Gainsbourg, du Lavoine et même du Brel), ne sont pas plus maîtrisées que le reste. La gestuelle est approximative, le phrasé aussi.

Tout cela n’est donc pas cadré suffisamment pour que le grotesque des situations explose vraiment. Même si la comparaison peut sembler osée, on ne peut s’empêcher de penser au spectacle Au secours, de Muriel Robin, il y a trois ans. Un modèle absolu de mise en scène, qui réussit par sa rigueur à ne pas faire sombrer le spectacle dans un flou bordélique, pourtant au cœur du propos. C’est ici ce qu’il manque pour vraiment faire décoller le texte et les situations, qui se noient dans une mise en scène plus qu’approximative. Dommage ! 

Franck Bortelle


Moi aussi je suis Catherine Deneuve, de Pierre Notte

Compagnie Les Gourgandines • 3, boulevard Bonne-Nouvelle • 75002 Paris

Mise en scène, décor, régie, lumière assurés par l’ensemble de la troupe

Avec : Emily Lombi, Marine Mennesson, Pauline Gratien, Arnaud Perron

Théâtre des Deux-Rêves • 5, passage de Thionville • 75019 Paris

Réservations : 01 48 03 49 92

Jusqu’au 26 février 2008, tous les mardis à 19 h 30 (relâche le 19 février 2008)

Durée : 1 h 20

16 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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