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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 22:24

Cinq corps dans la nuit interminable

 

Après « Penthésilée de bouche en bouche » (d’après « Penthésilée » de H. V. Kleist), Isabelle Esposito continue ses recherches sur la nuit et sur la peur, ne cessant d’explorer le corps humain, dans son inertie et dans son mouvement saccadé. Pour la première fois, dans la « Vieille nuit », elle mettra dans les bouches de ses personnages, ou plutôt de ce qui reste de ces personnages, des paroles, ou plutôt des morceaux de phrases. Trois femmes et deux hommes, ou cinq clowns habités par la mort et s’efforçant d’exprimer leurs cinq délires.

 

Le groupe intrigué de spectateurs traverse la belle salle aux fauteuils rouges, se dirige vers le côté cour, monte sur la scène, quitte le lieu théâtral proprement dit afin de pénétrer dans une chambre aménagée sur les planches… Une chambre étrange, aux six lits blancs. Est-ce un hôpital, un asile psychiatrique, un dortoir ? Sur les lits, assis ou allongés, cinq corps immobiles, vêtus de costumes blancs. Cinq clowns tristes.


Les spectateurs sont nombreux et serrés, collés les uns contre les autres, manquent de place. Ils doivent avoir l’impression d’être des voyeurs impudiques, ou des intrus, comme s’ils assistaient à un véritable dévoilement de l’intimité et de la folie. Ils ne sont plus dans le théâtre. Ils ont été entassés, la nuit, dans cette chambre inquiétante, devant un groupe de clowns aliénés.


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Isabelle Esposito refuse visiblement à son public le droit de participer activement au spectacle. Elle ne lui accorde – à la manière de son « maître », Tadeusz Kantor – que la possibilité de regarder et de supporter passivement ce qui se passe devant ses yeux. On devient les yeux de l’évènement. L’évènement qui, malheureusement, est difficile à supporter. C’est lent – comme dit l’un des personnages –, c’est interminable… On devient des témoins de la souffrance et de l’impuissance des personnages. Qui s’efforcent maladroitement de reconstruire leur vie morte à partir de rien, à partir des débris de souvenirs et de désirs, telle l’envie des caméras (« Où sont les caméras ? Où sont les journalistes ? »), de la pénétration physique (« Entrez ! Entrez ! Mon trou du cul est assez large pour tout le monde »), de la fragmentation du corps (« Docteur ! Docteur ! Découpez-moi ! »)…


Ainsi, le malaise s’installe. On est enfermé dans la même cellule que ces corps prononçant pour eux-mêmes toujours les mêmes bouts de phrases. On apprécie l’énorme travail sur le corps et les costumes. On est amené à ressentir les mêmes bouts de sensations que ces clowns tristes. On baille, on souffre et on s’ennuie avec eux. On attend ensemble la fin comme on attend le salut. 


Maja Saraczyńska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Vieille nuit, d’Isabelle Esposito

Compagnie Les Semeurs • 38, rue Doudeauville • 75018 Paris

01 42 64 29 41

www.lessemeurs.com

lessemeurs@wanadoo.fr

La compagnie Les Semeurs reçoit l’aide de l’Adami et du Centre national du théâtre pour les dramaturgies plurielles.

Texte et mise en scène : Isabelle Esposito

Avec : Anne-Sophie Aubin, Thomas Laroppe, Isabel Oed, Maxence Rey, Sylvain Wallet

Lumière : François Marsollier

Musicien : Frédéric Perriot

Costumes : Anna Riza

Espace 1789 • 2/4, rue Alexandre-Bachelet • 93400 Saint-Ouen

Métro : Garibaldi

Réservations : 01 40 11 50 23

www.espace-1789.com

Vendredi 11, samedi 12, vendredi 18, samedi 19 janvier 2008 à 20 h 30, dimanche 13 janvier 2008 à 16 h, jeudi 17 janvier 2008 à 14 h 30 (séance scolaire)

Durée : 1 heure

11 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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