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17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 12:50

La comédie de la vie

 

Jamais deux sans trois ! C’est ce que dit l’adage. C’est avec impatience qu’était attendue, au Théâtre du Ranelagh, « Une autre vie », la troisième création d’Emmanuel Vacca. En effet, depuis son inoubliable « Ildebrando Biribo’ », première de ses pièces pleine de subtilité et de drôlerie, quand Vacca s’affiche, on y va, les yeux fermés même ! Pour son dernier né, cependant, le mieux est de ne pas connaître du tout l’univers de création de cet artiste, auteur et comédien, sinon, on risque d’être déçu.

 

L’histoire de Victor Paillet, insipide représentant en chaussettes antidérapantes, trouvant sa respiration aux cours du soir en théâtre, pourrait être drôle, mais elle manque de mordant, de rythme. En effet, ce n’est officiellement pas tous les jours que le Destin confond l’imaginaire avec la réalité, se trompe pour vous, et vous propose de revenir vivre « une autre vie », celle de votre choix. Mais laquelle ? Comment trouver son paradis ? Telle est la question, celle qui s’impose à Victor.


Comme dans une revue de cabaret, la pièce fonctionne en tableaux, pour permettre au personnage de mener sa quête, c’est-à-dire de changer de décor, d’univers, d’identité, de pensée. Alors, les épisodes s’enchaînent, et Victor essaie plusieurs vies, poursuit sa recherche. Elle pourrait d’ailleurs ne jamais se terminer, ou alors, s’enrichir de nouveaux tableaux, plus tard, lors d’une prochaine reprise. Ainsi, après l’exploration de l’infiniment grand comme de l’infiniment petit, du paradis et de l’enfer, du monde de l’entreprise et du microcosme de Dame Nature, pourquoi pas celle du royaume des mers ou des morts, celle de l’Everest ou de l’île de Pâques ? La « traversée » de Victor dans les différents tableaux évoque de nombreuses scènes cultes du cinéma ou déjà vécues au théâtre : la scène du jugement dernier renvoie à Ildebrando Biribo’ avec Grand Manitou, et les mots de Victor pourraient appartenir à Céleste (de l’Ami ou le Petit Frère de Cupidon, deuxième création de Vacca). Une autre vie perd le fil, apparaît comme un prétexte de jeu, de travail, de recherche.


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Forte impression qu’Emmanuel Vacca voulait absolument créer un nouveau spectacle, mais sans vraiment savoir où il allait. Alors, il a sorti toutes ses idées en vrac, a repris celles qui « marchaient avant », et les a placées, les unes après les autres, dans des tableaux à durée variable. Le rythme est aléatoire, le rire ne vient pas naturellement, l’ennui, à l’inverse, oui.


Pourtant, que manque-t-il ? L’acteur est bon, le jeu scénique toujours aussi léché, et la pièce peut être appréciée pour qui découvre ce comédien pour la première fois… Peut-être qu’il ne manque rien, justement, parce que tout simplement… il y a trop de tout ! On oscille entre le one-man-show et la performance, le cabaret avec la grande variation des costumes, le théâtre, le mime. Les repères disparaissent, tout prend de l’importance ou plus rien n’en a. Les accessoires trop nombreux estompent l’imagination, et tout devient trop explicite. On ressent un trop grand désir de perfection, ce qui lisse l’émotion, devance les surprises, alourdit la poésie et enkyste le rythme… C’est dommage. Or Emmanuel Vacca s’amuse pleinement dans son jeu comme dans ses mots, sue sang et eau, rit, chante et danse. Il s’active beaucoup, ne triche pas, mais la sauce ne prend pas pour qui l’a déjà vu dans ses autres pièces.


Alors ceux qui désirent passer une bonne soirée au théâtre peuvent s’offrir cette Autre vie : s’ils ne connaissent pas les anciens personnages d’Emmanuel Vacca, ils seront aux anges, les bienheureux ! Tout nouveau, tout beau : incontestablement, ils vivront un bon moment de spectacle d’art vivant. Souhaitons-leur donc une belle soirée à venir. 


Cynna

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Une autre vie, comédie de et par Emmanuel Vacca

Mise en scène : Niall Henry

Avec : Yuka Fukushima

Assistant à la mise en scène : Maxime Boidin

Créations lumières : Christian Lacrampe

Création et réalisation des costumes : Aurélie Jacob

Création et réalisation des décors : Mathieu Tinker

Chanson : Emmanuel Vacca

Arrangements : Jacques Bastello

Théâtre du Ranelagh • 5, rue des Vignes • 75016 Paris

Réservations : 01 42 88 64 44

www.theatre-ranelagh.com

Métros : Muette ou Passy

Du 9 décembre 2007 au 29 février 2008, du mercredi au samedi à 21 h, dimanche à 17 h

Plein tarif : 28 € | tarif réduit : 20 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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