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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 19:24

Faux départ

 

Pour l’ouverture du Nouveau Théâtre de Montreuil, Gilberte Tsaï, la directrice des lieux, met en scène une version terne de « Ce soir on improvise », de Luigi Pirandello. Je me demandais pourquoi, dans les journaux qui faisaient la critique de ce spectacle, il n’était question que de l’ouverture de la salle et de l’histoire de la pièce. Mais, après avoir vu cette mise en scène, j’ai très bien compris pourquoi…

 

En guise de prologue, nous sommes invités à un « parcours pirandellien », qui nous offre l’occasion de découvrir les dessous de cette nouvelle salle. Notre visite est rythmée par des extraits du théâtre de Pirandello interprétés par les comédiens de Gilberte Tsaï. Cette balade théâtrale très agréable nous donne envie de nous replonger dans l’œuvre de l’auteur sicilien. Si seulement il en était de même ensuite pour la pièce…


Monter une pièce qui, comme Ce soir on improvise, a le théâtre pour sujet, dans une salle où rien n’a encore jamais été joué, était une belle idée. D’autant que cette pièce est pour Pirandello l’occasion de faire surgir une foule de personnages passionnés, exubérants et exaltés pour raconter le théâtre, les affres de la création et le monde dans ce qu’il a de plus drôle et de plus tragique. L’auteur invite sur sa scène une procession religieuse sicilienne, une dispute dans un cabaret glauque, un scandale à l’Opéra, où se jouent des œuvres de Verdi, un terrain d’aviation sur lequel fait irruption une chanteuse désespérée, la mort violente d’un ingénieur des mines au milieu de sa famille napolitaine, et, comme en apothéose, les crises de jalousie d’un mari sicilien, qui finira, à force de harcèlement, par causer la mort de sa femme.


Il faut beaucoup de courage pour s’attaquer à une telle pièce, et Gilberte Tsaï a tenté de relever ce défi. Cependant, sa mise en scène trop décousue s’essouffle vite. Elle manque cruellement de rythme et de dynamisme. Le jeu du théâtre dans le théâtre voulant être installé à la fois sur scène et dans la salle, les comédiens se perdent dans l’immensité de l’espace qu’ils cherchent à investir. Ils se perdent, et ils nous perdent !


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© Éric Le Meudec


Les partitions des personnages de Pirandello étant inscrites sur plusieurs niveaux de théâtre dans le théâtre, il n’est certes pas évident pour les acteurs de les interpréter. Et, dans cette mise en scène, on ne peut que remarquer que certains s’y prennent particulièrement mal. La plupart du temps, il est impossible de savoir si les comédiens jouent leur partition de personnage ou leur partition d’acteur en mal d’improvisation tant leur jeu ne varie pas d’une situation à l’autre. Peut être que la recherche de cette uniformité de jeu est voulue… Néanmoins, employée comme ici, elle nous empêche de savoir où on en est.


Par ailleurs, le « metteur en scène » – Clément Victor –, bien qu’il semble s’en défendre, nous fait penser à un présentateur de plateau de télévision. Il a trop tendance à surjouer ! Et il n’est pas le seul à avoir cette fâcheuse tendance. D’évidence, une partie des comédiens sont avant tout des chanteurs, et cela se voit. À ces faiblesses de jeu, s’ajoutent de trop nombreux temps morts. Alors, on se met à attendre que cela passe. Nous sommes peu à peu rendus véritablement insensibles à ce que Pirandello nous raconte du théâtre.


Pourtant de très belles images scéniques prennent naissance sous nos yeux. Comme transportés dans des rêves, nous voyons la Chanteuse – Anne Sée – s’asseoir sur la piste d’atterrissage de l’aérodrome miniature et regarder les étoiles. Nous voyons aussi la famille Ignazia jouer aux jeux de l’amour dans son salon napolitain. Nous assistons encore aux violences conjugales qui déchirent Mommina et Ricco Verri – Sylvie Debrun et Laurent Manzoni. Pour quelques minutes, nous nous retrouvons plongés au cœur de la pièce de Pirandello, mais pour quelques minutes seulement… C’est à se demander si ce spectacle n’est pas sauvé par certains choix de son scénographe, Laurent Peduzzi.


Enfin, la plus belle idée du spectacle est certainement l’image qui nous est donnée du personnage de « Pirandello » – Gérard Hardy. Par un jeu de micro, sa voix se retrouve dissociée de son corps et sa présence devient fantomatique. Il porte un regard attentif, mais plein de distance sur l’improvisation qui se joue sous ses yeux. L’auteur veille… Mais pas assez. Le metteur en scène grimpe jusqu’à lui, mais n’arrive pas à la cheville de son talent. Dommage. Peut être faudra-t-il attendre Tendre jeudi pour vivre un vrai moment de théâtre dans cette nouvelle salle… 


Sara Roger

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Ce soir on improvise, d’après Luigi Pirandello

Montage et mise en scène : Gilberte Tsaï

Traduction : Ginette Herry

Avec : Christiane Cohendy, Sylvie Debrun, Roland Depauw, Gérard Hardy, Laurent Manzoni, Jacques Mazeran, Juliette Navis Bardin, Sophie Neveu, Anne Sée, Gurshad Shaheman, Maxime Tortelier, Aurélie Toucas, Clément Victor

Scénographie : Laurent Peduzzi

Lumière : Hervé Audibert

Son : Bernard Valléry

Costumes : Cidalia Da Costa

Musique : Olivier Dejours

Assistants à la mise en scène : Agnès Bourgeois et Gurshad Shaheman

Nouveau Théâtre de Montreuil • 10, place Jean-Jaurès • Montreuil

Réservations : 01 48 70 48 90

Du 12 janvier au 2 février 2008, les lundi, vendredi, samedi à 20 h 30, les mardi et jeudi à 19 h 30, le dimanche à 17 h

Relâches tous les mercredis, et dimanche 20, samedi 26 et dimanche 27 janvier

Durée : 2 heures

19 € | 12 € | 9 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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