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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Savary affabule,
avec une propension au verbiage
« Don Quichotte » : voici de quoi réjouir les amoureux des romans de chevalerie ; « l’Ange bleu », voilà de quoi ressusciter Marlène Dietrich, Lola-Lola, le personnage du film culte de Josef von Sternberg. « Don Quichotte contre l’Ange bleu », de Jérôme Savary : l’absurde pour l’absurde ou le néant tout court !
Savary serait-il contre le public ou « tout contre » comme le dit si bien Guitry ? C’est la question que je me suis posée devant ce spectacle incongru dans ce prestigieux Théâtre de Paris ! En tout cas, après la Belle et la Toute Petite Bête, de Jérôme Savary, Arielle Dombasle récidive dans le rôle de Daisy Belle.
Meneuse de revue, non pas du Moulin-Rouge mais du Moulin-Rose (!), Daisy Belle, persuadée d’être la réincarnation de la grande Marlène Dietrich, est
surnommée l’Ange bleu. Ce cabaret minable, sous la coupe d’un directeur imbuvable (Jérôme Savary), fait sa réclame via un panneau publicitaire, montrant les seins nus de la belle. Le
problème, c’est qu’il prend la fâcheuse liberté de cacher le paysage de la Mancha, la terre des aïeux de Don Quichotte. Suivi de son écuyer Sancho Pança, le personnage mythique arrive à Paris
pour réparer cette offense.
Dans un remue-ménage désolant, on aperçoit treize comédiens, un contorsionniste, des danseurs, on entend des sons d’accordéon, de trompette, des chanteurs pêle-mêle, talentueux certes mais perdus. Les musiques de toutes sortes, sur des paroles telles que « Je me barre, j’en ai marre », et j’en passe, meublent çà et là l’esprit brouillon du metteur en scène.
Don Quichotte contre l’Ange bleu : une fable épique, dit l’inventeur. Une comédie musicale ? Un spectacle de cabaret, du café-concert, du cirque… ? Qu’importe ! Du Savary à tout prix ! Du théâtre public, il met les voiles ; au théâtre privé, il largue les canulars à tout venant, gaspille les talents de chanteuse d’Arielle et personne ne s’y retrouve ! Et, bien sûr, aucun rapport avec Dietrich et Don Quichotte, appelé Quiqui par le « Maître »…
Je n’ai pu suivre l’auteur, ni même la mise en scène. L’imaginaire est défaillant. Savary provoque, comme partout actuellement sur nos scènes parisiennes. Pourtant, ce spectacle nous renvoie la beauté d’une femme raffinée malgré les plaisanteries salaces qu’elle profère. Arielle a la voix claire et la diction parfaite : elle saurait défendre les grands auteurs. Sur des talons haut perchés, dans des tenues excentriques, déguisée en poule, transformée en lapine, déambulant en porte-jarretelles ou en déshabillé glamour, la belle Dombasle a beaucoup de mérite dans ce désordre ennuyeux.
Je finirai par cette phrase de la fin du spectacle : « Mort aux massacreurs de théâtre vivant ! » ¶
Martine Amsili
Les Trois Coups
Don Quichotte contre l’Ange bleu, de Jérôme Savary
Cie La Boîte à rêves • Théâtre des Franciscains • 13, boulevard Duguesclin • 34500 Béziers
04 67 31 88 15
http ://jeromesavary.laboiteareves.fr
Mise en scène : Jérôme Savary
Assistante à la mise en scène : Manon Savary
Avec : Arielle Dombasle, Jérôme Savary, Joan Crosas, Frédéric Longbois, Nina Morato, Clémence Bollet, Sabine Jeangeorges, Sabine Leroc, Julien ou Antonin Maurel, Marco Oranje, Nina Savary
Réalisation costumes : Ezzio Toffolutti, Michel Dussarat, Vincent Darre
Direction musicale : Roland Romanelli
Décors : Ezzio Toffolutti
Création lumière : Jérôme Savary, Pierre Jauze
Théâtre de Paris • 15, rue Blanche • 75009 Paris
Réservations : 01 48 74 25 37
Du 11 janvier au 2 mars 2008 du mardi au samedi à 20 h 30, le samedi à 17 h, le dimanche à 15 h
Durée : 1 h 40
51 € | 41 € | 28 €
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