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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 13:02

Du Marivaux
sans marivaudage


Par Franck Bortelle

Les Trois Coups.com


Faut-il réécrire Marivaux ? Filip Forgeau apporte avec sa version de « la Dispute » une réponse sans appel : non ! Malgré une mise en scène plutôt alerte (si l’on excepte un interminable prologue) et très scénographique, une interprétation qui laisse la part belle à la fraîcheur et à la jeunesse, cette nouvelle adaptation de la courte pièce de Marivaux s’enlise à cause d’une inutile réécriture du texte.

L’inconstance, sujet récurrent dans l’œuvre de Marivaux, est au cœur de la Dispute, une de ses toutes dernières pièces. Un jeune homme, une jeune fille, qui n’ont jamais été mis en présence du monde humain et n’ont connu que leurs précepteurs noirs, se découvrent. À eux-mêmes et aux autres. Jeux de miroirs, image dans la glace. Extase de la nouveauté. Intervient un second duo, lui aussi totalement novice des choses du monde. Le quatuor s’anime. L’art de la séduction vire au jeu de l’amour et du hasard.

Le texte de Marivaux est brillant. Évidence. Pléonasme. Les entrelacs qui épousent les circonlocutions du discours amoureux fusent en phrases courtes, incisives comme d’immuables apophtegmes. Immuables et intemporels. Résolument modernes. Car Marivaux reste un des auteurs français les plus modernes, dans son fond et dans sa forme.

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L’adapter aujourd’hui, c’est prendre appui sur un texte intouchable. Non point dans le sens sacré du mot, mais parce que retoucher du Marivaux c’est l’affadir plus encore que le trahir. La drôlerie, la virulence, la construction de son phrasé en font un des plus grands dialoguistes de notre patrimoine. Une pièce de Marivaux, c’est le scénario idéal. Reste « seulement » à le mettre en scène.

Filip Forgeau s’y est attelé. Sa mise en scène, moderne, joue avec habileté des métaphores du miroir grâce à un décor assez spectaculaire, où une glace, qu’un éclairage prive de son tain le temps d’une scène, joue sans cesse le jeu des images, celles qu’on voit, celles que l’on se renvoie. Si l’on excepte un prologue qui n’en finit pas, la mise en scène, plutôt athlétique, réussit donc à convaincre. En outre, les comédiens insufflent à l’ensemble une énergie salvatrice, même si l’on peut regretter de voir l’immense Féodor Atkine réduit à de la quasi-figuration.

Marivaux sans perruque ni falbala, privé de poudre de riz et de cothurnes à boucles dorées reste du Marivaux. Adaptable à l’infini parce que intemporel, comme l’a prouvé le cinéaste Abdellatif Kechiche avec l’Esquive, Marivaux pourrait être joué avec pour décor une cité de banlieue ou, pourquoi pas, une navette spatiale. À la seule condition de ne rien toucher à son texte. 

Franck Bortelle


La Dispute, de Marivaux

Mise en scène et adaptation : Filip Forgeau

Assistant à la mise en scène : Hervé Herpe

Avec : Féodor Atkine, Hélène Bosc, Arno Chéron, Julien Defaye, Soizic Gourvil, Hervé Herpe, Nicole Kaufmann

Scénographie : Alain Pinochet

Peintre décorateur : Claude Durand

Costumes : Josette Rocheron

Musique originale : Reno Isaac

Lumière : Thierry Vareille

Univers sonore : Fabrice Chaumeil

Régie générale : Fabrice Chaumeil et Christophe Delaugeas

Théâtre 13 • 103A, boulevard Auguste-Blanqui • 75013 Paris

Réservations : 01 45 88 62 22

Du 8 janvier au 17 février 2008

Durée : 1 h 40

22 € | 15 € | 13 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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