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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 19:05

Texte enivrant à boire cul sec

 

L’on dit que l’âge d’or de l’écriture est révolu. Peut-être, mais cela ne veut pas pour autant dire que l’écriture virtuose n’existe plus. Il faut écouter et voir « C’était moi » pour faire l’expérience d’un de ces textes, beau, actuel et indispensable au paysage théâtral aujourd’hui.

 

Une femme, d’une élégance et d’une intelligence remarquables, souffre. Sa dépendance à l’alcool l’empêche de se laisser aimer et d’avoir des relations saines avec les gens qui l’entourent. De cette vie brisée, surgit une pièce qui est à la fois déchirante, touchante et drôle.


La diction des quatre acteurs est limpide. Le rythme de parole, assez lent, permet au spectateur de pleinement apprécier les mots, les jeux de mots. Les silences, aussi. J’avouerais, avec une certaine culpabilité, que j’ai trop vite jugé cette diction comme incongrue jusqu’à ce que je me rende compte qu’elle était là pour une raison précise : servir le texte. Je me suis ensuite aperçue que cette attention à l’articulation était, certes, inhabituelle dans le théâtre d’aujourd’hui, mais néanmoins indispensable. Une fois passé cette réticence injustifiée concernant la déclamation, je me suis laissé charmer par ces acteurs d’une prestance rare, d’une grande capacité à s’écouter mutuellement et à jouer véritablement ensemble.


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« C’était moi », de Jean Bois


Le texte sert ainsi de partition pour un quatuor, qui l’interprète avec sensibilité, à la nuance près, respectant le rythme interne de l’histoire et les sonorités de la langue. Le texte et les acteurs sont en symbiose, et c’est peut-être pour cela que j’ai été légèrement déçue par la mise en espace de la pièce. Cette remarque concerne plus précisément la façon qu’a eue le metteur en scène (Jean Bois, par ailleurs auteur de la pièce et acteur) de diriger les transitions entre les scènes. Il y aurait sans doute des moyens moins conventionnels, pour lier les scènes ensemble, que de toujours avoir recours à l’extinction des lumières. Enfin, ceci n’est qu’un détail, qui n’est important que dans la mesure où l’on voudrait qu’une pièce aussi belle soit menée de main de maître du début jusqu’à la fin. En revanche, les costumes de tous les personnages sont adroitement conçus et choisis. Les décors sont, eux aussi, adéquats et judicieusement utilisés.


Bien que le théâtre Le Passage vers les étoiles se révèle être un lieu convivial et agréable, je serais très heureuse de voir une pièce si vibrante et si universelle dans un grand théâtre parisien. Un théâtre qui puisse donner davantage de moyens à la troupe, pour que la mise en scène reste à la hauteur de l’immense talent de l’auteur Jean Bois et des acteurs qui l’accompagnent. Toutefois, en attendant que ce vœu se réalise, je conseille à tout lecteur de ces lignes de se rendre au plus vite « Vers les étoiles » pour un accès rapide au paradis du verbe. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


C’était moi, de Jean Bois

La Compagnie Jean-Bois • 36, avenue Gallieni • 77590 Bois-le-Roi

01 64 15 94 87

Jean.bois@wanadoo.fr

Mise en scène : Jean Bois

Avec : Jean Bois, Dominique Constantin, Élisabeth Maby, Rémi Préchac

Le Passage vers les étoiles • 17, cité Joly • 75011 Paris

Réservations : 01 47 70 03 21

Du 8 janvier au 23 février 2008 à 21 h00

25 € | 15 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Franck BORTELLE 17/01/2008 01:23

Pour avoir vu cette pièce, je suis tout à fait d'accord avec Anne sur cette magie des mots que transcendent ces comédiens à la diction parfaite, laissant au spectateur le temps de "digérer" ce phrasé superbe, bourré de sonorités, d'allitérations et d'assonnances pour ne pas dire de rimes. La mise en scène, faite de saynettes ne m'a en revanche pas géné car elle permettait justement de reprendre son souffle, tant dans la salle que sur la scène...

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