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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 18:31

Passeport pour l’exil

 

Brecht commence l’écriture de « Dialogues d’exilés » en 1940 alors qu’il est lui-même en exil en Finlande. Il les achèvera en Amérique. Cette pièce nous propose de parcourir les grandes interrogations chères à l’auteur face aux contradictions du réel. Valentin Rossier nous présente ce texte d’une étonnante contemporanéité.

 

Deux personnages : Kalle, ouvrier métallurgiste, et Ziffel, physicien, se rencontrent dans un hall de gare au cours de leur exil. Ainsi, ils s’arrêteront un moment pour « refaire le monde ». Durant une heure et vingt minutes, tous les thèmes seront abordés, la plupart du temps avec un cynisme féroce.


Sur le plateau nu, les deux personnages en smoking dialoguent chacun devant leur micro. Ziffel fume un énorme cigare. Nous pourrions presque les imaginer dans un de ces clubs chers aux Anglais. Les lumières balayent la scène pour rythmer les chapitres. Les personnages n’ont pas de jeu à proprement parler. Le parti pris scénique est l’immobilité. Nous assistons à une sorte de lecture sans le livre.


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« Dialogues d’exilés » | © Mario Del Curto


Ainsi, nous sommes à mi-chemin de la lecture et du théâtre. Le ton est linéaire, il n’y a que très peu d’émotion qui passe. Parfois, un petit rire discret échappe aux spectateurs. La plupart du temps, ces derniers sont happés par la dialectique.


L’intérêt de ce moment réside donc dans le texte. Les deux comédiens nous le transmettent élégamment. Les personnages que tout pourrait opposer se font écho. En effet, jamais ils ne s’affrontent. Ce qui permet ainsi de pousser les raisonnements jusqu’à leur paroxysme :

« Dans ce pays, la bière n’est pas de la bière, mais les cigares non plus ne sont pas des cigares, ça s’équilibre ; par contre, pour y entrer dans ce pays, il vous faut un passeport qui soit un passeport.

— Le passeport est la partie la plus noble de l’homme. D’ailleurs, un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu’un homme. On peut faire un homme n’importe où, le plus distraitement du monde et sans motif raisonnable ; un passeport, jamais. Aussi reconnaît-on la valeur d’un bon passeport, tandis que la valeur d’un homme, si grande qu’elle soit, n’est pas forcément reconnue. »


Bref, ce fut un moment de découverte agréable parce que le texte est fort, parce que l’actualité de celui-ci est troublante. À l’inverse, j’ai été déçue parce que je m’attendais à un moment de théâtre et j’ai vu un dialogue un rien théâtral. 


Esther Mano

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Dialogues d’exilés, de Bertolt Brecht

Traduction : Gilbert Badia, Jean Baudrillard (L’Arche éditeur, Paris)

Conception et jeu : Valentin Rossier

Collaboration et jeu : Jean-Quentin Châtelain

Création lumière : Christophe Kehrli

Coproduction Théâtre Vidy-Lausanne | ETE|Suisse, Helvetic Shakespeare Company

La Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon

04 72 07 49 50 | télécopie : 04 72 07 49 51

infos@croix-rousse.com

www.croix-rousse.com

Spectacle dès 16 ans

Du 9 au 12 janvier 2008 à 20 h 30 ou 19 h 30

Durée : 1 h 20

23 € | 18 € | 15 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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