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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 22:09

Et s’il n’y en avait qu’une…


Par Franck Bortelle

Les Trois Coups.com


Sans faire fille à papa, la descendante du génial Jean-Roger redore le blason d’une chanson française en déliquescence avec drôlerie, impertinence et modestie. Découvrez « l’autre » Céline de la chanson française. Pour ne pas dire la seule. La vraie, surtout…

Malgré une scène un peu exiguë pour elle, dès les premiers mots, on la sent dans son élément. La chanson, elle en connaît un rayon. Petit rappel avant d’évoquer la demi-douzaine que lui réserve un public à sa cause acquis… Elle n’est rien de moins que la fille d’un des plus grands que la chanson française ait connus : Jean-Roger Caussimon. Qui faisait swinguer les mots, jonglant avec la polysémie comme d’autres vous saoulent de banalités « édi-fientes ».

C’est avec cette même élégance que Céline s’empare d’un sujet pour le modeler, le façonner de sa faconde féconde, de son sens aigu et aiguisé de l’observation. Chaque titre est une histoire, un morceau de vie dérobé à l’oubli, que le mot rend vrai. Le mot juste. Le mot comme base de jeu. De jeu de mots… C’est souvent drôle. Voire très drôle. Et même si le constat est parfois amer et nous renvoie comme un miroir à peine déformant la triste réalité de nos existences bouffées de pub et handicapées des synapses, on rit. Beaucoup. Grâce à une fin de phrase inattendue et suffisamment appuyée pour provoquer son effet, grâce à sa formidable présence sur scène.

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Pas simple de faire rire, surtout dans l’espace temporel aussi réduit des trois minutes d’une chanson. Pas facile non plus d’émouvoir avec sobriété (avec dignité ?), sans emphase. Parler de la guerre, de la mort avec simplicité, cet apanage des grands. Écoutez Mon pays sur la tête. En trois minutes, tout est dit. L’amour de la terre, les horreurs de la guerre, la mémoire de nos pères. Sans gloire ni drapeau. Avec chaleur, avec tendresse, avec humanisme. Laissez-vous bercer par la somptueuse ballade Vent du soir sur une mélodie de l’immense Idir. Poétique et bouleversant.

Elle parle d’amour (Caressons-nous), elle chante la mort (Mon pays sur la tête), elle fustige ce monde de siglés (la Station debout), elle encense – à sa manière – la folie du bio (l’Amour bio). Avec un grain de folie et une sacrée dose de lucidité. Avec une voix qu’elle peut pousser tout en se gardant de le faire avec ostentation. Son jeu de scène se réduit au minimum pour mieux sublimer le sens des mots. Nul besoin de parapher l’espace de gestes de diva, qui sont si souvent singeries (n’est pas Barbara qui veut). Un peu comme Marie-Paule Belle à son piano, Céline Caussimon à son micro fait jongler les mots avec espièglerie et même autodérision. Ces mots qu’un étonnant éclectisme des mélodies et la présence de trois musiciens en parfaite osmose rehaussent encore.

La pochette de son nouvel album le Moral des ménages nous la présente bras refermés sur elle-même. Qu’elle les ouvre donc : ils seront nombreux et nombreuses à venir la remercier d’autant de talent et de don de soi. Non, pas de doute ! Y’a pô trint’six C’line din not’ paysôge de la chinson frincèèèèèz. Y’en a bin qu’une et c’est elle, tabarnac ! 

Franck Bortelle


Céline Caussimon, le Moral des ménages

Avec : Céline Caussimon, Jean-Luc Priano (guitare, banjo, percussions), Viviane Arnoux (accordéon, clarinette), Jean-Luc Arramy (contrebasse)

Théâtre Essaion • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

Du 9 janvier au 6 février 2008 tous les mercredis à 20 h 30

Tournée : 23 février à Lanloup (22), 29 février à Mably (62), 1er mars à Viricelles (62), 28 mars à Saint-Jean-de-Ruelle (45), 16 mai à Palaiseau (91)

Durée : 1 h 30

15 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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