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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 21:48

Brecht, en toute insouciance

 

Maître Brecht et valet Porras partagent la scène du Théâtre des Abbesses. De cette union surgit un spectacle coloré, énergique et techniquement irréprochable, mais qui pêche peut-être par sa volonté ouvertement divertissante et trop accessoirement politique… À débattre.

 

Une histoire traditionnelle de maître et de valet, avec quelques rebondissements à la clé, et une réflexion sur la nature humaine : voilà, en quelques mots, de quoi il est question.


Omar Porras opte pour une mise en scène farcesque, avec des décors naïfs, des costumes bigarrés et des masques en latex portés par les acteurs – qui peuvent jouer plusieurs rôles au cours de la représentation. Le spectateur est plongé dans un univers théâtral proche de celui de la commedia dell’arte (en un peu plus rock’n’roll) aux antipodes d’un théâtre réaliste et psychologisant.


maitre-puntila-fw.jpg

« Maître Puntila et son valet Matti » | © Marc Vanappelghem


En concordance avec ce souci d’« antipsychologisme », la technique du jeu d’acteurs repose d’abord sur le corps. Les mouvements, avant la parole, racontent les personnages. Puntila, par exemple, déambule sur la scène d’un pas incertain lorsqu’il a trop bu. Sa démarche rappelle alors la quille de bowling qui tangue dangereusement après avoir été frappée, risquant à tout moment de tomber. Matti, au contraire, demeure droit comme un piquet, dans un effort constant de contrôle sur lui-même. Les postures de Puntila et Matti rappellent leurs statuts de maître et valet. Cependant, les variations de mouvement et certains changements brusques de tempo rappellent aussi leur humanité, au-delà de leur classe sociale.


Le travail vocal, lui aussi, est très impressionnant. La voix de Matti, en particulier, devient parfois si impersonnelle qu’elle semble provenir d’un enregistrement. Mais la lassitude et l’émotion surgissent sans que l’on ne s’y attende, et c’est alors une voix d’une poignante humanité qu’il nous est donné à écouter.


Ainsi, au travers du travail sur le corps et la voix de l’acteur, Porras nous livre sa lecture personnelle de la fable de Brecht. Une lecture positive et rafraîchissante du grand auteur. Au début, je pensais que Porras nous empêchait de réfléchir aux propos de Brecht, mais je pense maintenant qu’il leur insuffle plutôt une nouvelle jeunesse, sans dénaturer les idéaux inscrits dans le texte. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Maître Puntila et son valet Matti, de Bertolt Brecht

Teatro Malandro et Omar Porras • 1, place des Cinq-Continents • case postale 290 • 1217 Meyrin • Suisse

+41 22 989 34 20

www.malandro.ch

Mise en scène : Omar Porras

Assistante mise en scène : Bérangère Gros

Avec : Delphine Bibet, Jean-Luc Couchard, Camille Figéréo, Louis Fortier, Stéphanie Gagneux, Pierre-Yves Le Louarn, Fabiana Medina, Juliette Plumecocq-Mech, Emiliano Suarez

Dramaturgie : Marco Sabbatini

Décors : Jean-Marc Stehlé

Musique : José Luis Asaresi, Omar Porras

Chorégraphie : Fabiana Medina

Lumières : Omar Porras, Daniel Mome

Costumes : Maria Galvez

Masques : Bernardo Rey

Régisseurs : Olivier Lorétan, Laurent Boulanger, Jean-Marc Bassoli, Emmanuel Nappey, Daniel Mome

Théâtre des Abbesses • 31, rue des Abbesses • 75018 Paris

Réservations : 01 48 87 54 42

Du 8 au 26 janvier 2008 à 20 h 30, dimanche 20 janvier 2008 à 15 h

Tarifs : 23 € | 16,50 € | 12€ 

Voir les dates de tournée sur le site www.malandro.ch

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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