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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 19:46

Paroles libres de corps captifs

 

Dans la vie, Anne-Marie et Frédéric Ortiz sont unis pour le meilleur et pour le pire. Au théâtre, « leurs » créations traitent souvent du pire, toujours de la façon la meilleure. Après l’horreur de la déportation avec « Étoiles jaunes », voilà que maintenant ils nous immergent dans le milieu carcéral avec « Parloir sauvage ». Un spectacle drôle, acerbe, incisif… accueilli par un public conquis.

 

Puisque les spectateurs de théâtre ne peuvent pas aller en prison constater la réalité, autant qu’on la leur serve sur un plateau. Cette idée originale, Anne-Marie et Frédéric Ortiz l’ont eue lors des ateliers d’écriture qu’ils animaient à la prison des Baumettes. Raconter la vie pénitentiaire de l’intérieur, avec tout ce qu’elle contient de violence, de haine, de racisme et de réalité angoissante. Pour porter cet univers sur scène, le texte est confié aux coauteurs, qui ne sont pas des comédiens, mais bien des anciens détenus.


Parloir sauvage exprime avec force la prison dans sa dimension de souffrance, d’isolement, de séparation. Ce texte nous conduit en cellule, là où la rupture sociale naît en même temps qu’un matricule désigne les condamnés. Une identité se perd, une autre émerge, violente, crasseuse, gluante.


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« Parloir sauvage » | © Théâtre Off


Ali Darar et Michaël Moreau connaissent trop bien la prison et ses codes pour ne pas être « vrais » sur scène. Ils ne jouent pas, ils sont. Tout au long du texte, on assiste à leur (r)évolution, sans pour autant parvenir à pénétrer dans leur intimité profonde, partager leur désarroi et s’identifier à eux. Le mur invisible n’est pas fissuré. Certes on rit, beaucoup, mais de quoi ? Des rapports de force entre ces détenus ? De l’illettrisme ? Du décalage existant entre « eux » et « nous » ? Alors, ce rire franc me gêne. À aucun moment, en effet, je n’arrive à me sentir totalement proche ou partie prenante de ce que ces gens vivent, malgré la sincérité de ce rire. La frontière demeure.


Nonobstant, la mise en scène, d’une belle fluidité, est vraiment remarquable. Tout s’enchaîne, se lie et s’articule de telle manière qu’on ne s’ennuie jamais. Les lumières, volontairement sobres, varient d’intensité selon que le texte est plus ou moins enfoui dans les tripes des acteurs. Le tout est très intelligemment amené. Ce qui compte avant tout, ce qui est d’abord mis en avant, c’est le texte et la mise en valeur des acteurs. Ce désir, cet engagement, ces volontés « ortiziennes » de dire quelque chose se perçoivent nettement…


Ce que l’on peut constater, c’est que Parloir sauvage est évidemment un spectacle d’engagement pur (texte, mise en scène, acteurs…). Le propos en déconcertera certains, en enthousiasmera d’autres, mais ne laissera personne indifférent. Parce que ce Parloir sauvage est un sujet sensible défendu par un projet noble, risqué, mené avec beaucoup de cœur et de travail. Un projet qui mérite donc vraiment d’être connu et reconnu. 


Arnaud Agnel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Parloir sauvage, de Michaël Moreau, Ali Darar et Anne-Marie Ortiz

Mise en scène : Frédéric Ortiz

Avec : Michaël Moreau et Ali Darar

Direction du projet : Anne-Marie Ortiz

Production : Théâtre Off

contact@theatreoff.com

La Criée • Théâtre national de Marseille • 30, quai de Rive-Neuve • 13284 Marseille cedex 07

Réservations : 04 91 54 70 54

www.theatre-lacriee.com

information@theatre-lacriee.com

Petit Théâtre, du 9 au 19 janvier 2008 : mardi et mercredi à 19 heures, jeudi, vendredi, samedi à 20 h, relâche dimanche et lundi

Durée : 1 h 15

De 9 € à 21 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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