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23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 19:52

« Hot dog », « teen » comédie

 

Mallory Casas propose dans « Hot dog » une parodie des productions cinématographiques américaines standards, consensuelles et moralisatrices, qui colonisent les écrans du monde entier. Le principe de démonter la fabrique industrielle de la culture bon marché, qui s’apparente à du marketing et non à de l’art, est intéressant. Mais la manœuvre est difficile : à vouloir faire la caricature de la caricature, on risque d’en faire un peu trop, et un peu trop lourd…

 

hot-dog-fw.jpgC’est vrai, l’industrie cinématographique américaine inonde le monde de ses superproductions et de ses téléfilms, propageant d’un bout à l’autre de la planète des valeurs, des codes comportementaux et vestimentaires, qui menacent une diversité essentielle à la richesse de l’humanité. Le jean, le paquet de clopes sont les emblèmes d’une culture que l’on retrouve aujourd’hui dans toutes les capitales, en grande partie grâce à la promotion assurée par le cinéma américain. Sa capacité de séduction réside aujourd’hui dans la maîtrise parfaite des opérateurs marketing, c’est à dire des outils développés par la publicité, dont le but est de plaire au plus grand nombre.


 

Mallory Casas nous le montre bien : les personnages du téléfilm industriel sont avant tout des stéréotypes. La femme est fragile, l’homme est viril, l’ado est en crise, le chien et les voisins sont sympas. Le cliché fait partie de la culture dominante, il est au cœur des représentations collectives, et suscite donc le consensus maximal. Ces personnages stéréotypés permettent donc une identification parfaite du spectateur, quel que soit son statut social, son âge ou son sexe. Mallory incarne tour à tour tous ces personnages, ainsi que celui du producteur : ce dernier est sans doute le plus intéressant de tous. Il nous dévoile toutes les ficelles, tous les ressorts narratifs du bon film commercial : il faut de l’action, des guns, de l’humour, et du sexe (mais pas trop, il faut que ça plaise à ta grand-mère).


L’histoire est donc plutot dénuée d’intérêt, et surtout profondément moralisatrice, puisque à la fin, ce sont les méchants qui sont punis. Elle obéit au bon vieux schéma classique : une situation de base est perturbée par l’arrivée d’un danger (le méchant), mais un superhéros arrive et permet le retour à l’ordre initial. Ouf, tout va bien, la société conservatrice est toujours la plus forte et triomphe de tout ce qui pourrait l’ébranler.


Dans une salle comblée par deux classes de lycéens survoltés, probablement nourris aux Spiderman, Scream et autres « teen movies », il faut bien dire que l’humour gras de Hot dog fait son effet. D’autant plus que le travail d’acteur de Mallory donne une réelle fluidité et une certaine efficacité comique aux passages constants d’un personnage à l’autre. Donc, si vous avez un jeune accro à la télévision et aux mauvais films, emmenez-le, il en retirera peut être quelque chose, tout en ayant passé un bon moment. En ce qui me concerne, par rapport à l’industrie du film, Mallory ne pas appris grand chose. L’art s’oppose à la culture, dit Serge Pey, grand poète toulousain, il détruit l’idée de public, et réveille au lieu de flatter et d’endormir. Ce qui, forcément, est absolument incompatible avec une logique de rentabilité. L’intention de Hot dog est donc louable, mais, désolé Mallory, il n’est pas né, celui qui me convertira aux grosses blagues de potache… 


Diane Launay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Hot dog, écrit et interprété par Mallory Casas

Théâtre du Grand-Rond • 23, rue des Potiers • 31000 Toulouse

Du 18 au 22 et du 26 au 29 décembre 2007 à 21 heures, et le 31 décembre à 19 h 30 et 22 heures (buffet et coupe de champagne offerts)

12 € | 8 € | 6 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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