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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 15:33

Comment est-ce possible ?


Par Hélène Merlin

Les Trois Coups.com


Pour célébrer le bicentenaire d’H.C. Andersen en 2005, le royaume du Danemark passe une commande auprès de Robert Lepage. Après avoir voyagé dans le journal du Danois et lu ses 173 contes, Robert Lepage semble avoir trouvé une parenté avec cet homme du siècle précédent fortement marqué par l’Exposition universelle de 1867. Il s’identifie à lui dans sa passion de la ville, de la technologie, des voyages, dans son imaginaire, dans son romantisme, qui finira par être frustré, dans sa condition d’homme différent et solitaire…

Le génie de ces deux hommes, qui ont tous deux rencontrés un succès critique et populaire international, se fait écho. Les univers se télescopent, les époques, les pays… Et Robert Lepage accouche d’un spectacle solo, qui retrace le parcours, presque initiatique, d’un auteur contemporain québécois, invité par l’Opéra de Paris pour écrire le livret d’une œuvre lyrique inspirée du conte de la Dryade.

Le Projet Andersen est un conte moderne pour adultes, où seuls les animaux vivent heureux et ont beaucoup d’enfants… C’est un conte qui dessine le destin glacé de trois personnages, prisonniers de leur solitude, errant dans un monde moderne labyrinthique et impitoyable. Ils se mesurent à des réalités qui les dépassent, les éclairent et les transforment. Ni bons ni mauvais, mais navigant juste entre les deux, en proie à un malheur simplement terrestre, les trois personnages nous entraînent dans une histoire révélant la face cachée d’Andersen.

Cet homme de cour, attaché aux distinctions, se réfugie dans un amour seulement divin, dans une solitude sexuelle. H.C. Andersen mène une vie bien loin de la saveur sucrée de l’enfance, pas tout à fait vécue, ni tout à fait perdue. Né au Danemark, dans une famille très pauvre, le petit Hans se réfugie dans la lecture de la Bible, des Contes des mille et une nuits, puis dans le théâtre. Il en acquiert à la fois un regard émerveillé et une extrême lucidité sur le genre humain.

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« le Projet Andersen » | © Emmanuel Valette

Derrière la poésie apparente, les écrits d’Andersen comme les mises en scène de Lepage font entendre un écho saisissant de cruauté, dans un monde moderne dénué de romantisme.

Fasciné par les techniques qui tentent de capter le vivant, Robert Lepage, en brillant illusionniste, dompte la technologie et l’oblige à s’incliner pour rénover la machinerie du théâtre. Il bouleverse les codes traditionnels, réinvente l’espace théâtral. Il jongle avec les rails et les écrans, comme il jongle avec les drames humains et les blessures intérieures : avec la même adresse, la même grâce, le même enchantement… Sa seule prétention étant d’arpenter les doutes et les désirs des hommes, de partager un voyage, une quête… D’écrire une variation intime et universelle sur la solitude. Les âmes évoluant sous nos yeux ont souvent froid, d’un froid intérieur capable de nous donner le frisson, comme en proie à une sorte d’inaccomplissement affectif, dont aura souffert Andersen.

Dans une explosion d’intelligence et d’humour, il puise dans les ressources sociales et psychologiques de notre contemporanéité. Il met parallèlement en lumière les désordres intimes des individus et ceux de la société moderne : de la sexualité trouble à la culture française en perdition ; de la grève des compagnies aériennes danoises à la grève de l’Opéra de Paris ; de la psychologie canine à la cure de désintoxication ; de la musique classique au hip-hop ; de la place de la Paix à la rue Saint-Denis.

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« le Projet Andersen » | © Emmanuel Valette

Pour Robert Lepage, Québécois anticonformiste, et accessoirement talentueux metteur en scène, dramaturge, scénographe, scénariste, réalisateur, comédien, une mise en scène ne s’arrête jamais : elle se transforme selon la ville qu’elle visite, elle se synthétise avec le temps, elle devient la mise en scène de l’histoire du monde.

Yves Jacques, comédien connu du public français grâce, notamment, au succès international des Invasions barbares et du Déclin de l’empire américain, est devenu un véritable alter ego de Robert Lepage. Après avoir repris son rôle sur la Face cachée de la lune, Yves Jacques reprend de nouveau le flambeau dans le Projet Andersen. Il confie avoir effectué un véritable travail de réécriture, de réinterprétation, de réappropriation. Il a travaillé seul avec une version enregistrée du spectacle pendant trois mois, avant de passer trois jours en répétition et filage technique sous la direction de son double.

Les spectateurs, qui auront la chance de voir cette pièce drôle et mordante, verront donc une version adoptée par Yves Jacques et métamorphosée par tous les pays traversés depuis la création il y a deux ans.

Juste un conseil, car je ne ferai aucune révélation : ouvrez grands vos yeux, vos oreilles, vos cœurs et vos neurones… Dès les premières minutes, vous serez abasourdis, et une seule question viendra s’accrocher à vos lèvres entrouvertes : « Comment est-ce possible? ». Robert Lepage et Yves Jacques, eux, ne sont pas des imposteurs, et là où ils en sont, rien ne pourra jamais les couvrir de ridicule. Ce spectacle est un voyage vers la rédemption… Il est comme une défloraison… 

Hélène Merlin


Le Projet Andersen

Conception et mise en scène : Robert Lepage

Avec : Yves Jacques

Collaborateurs à l’écriture : Peder Bjurman, Marie Gignac

Assistant à la mise en scène : Félix Dagenais

Collaborateur à la conception scénographique : Jean Le Bourdais

Collaborateur à la conception des éclairages : Nicolas Marois

Son : Jean-Sébastien Côté

Costumes : Catherine Higgins

Images : Jacques Collin, Véronique Couturier, David Leclerc

Accessoires : Marie-France Larivière

Manipulations : Normand Poirier

Maître perruquier : Richard Hansen

Production Ex-Machina

Théâtre national de Chaillot • 1, place du Trocadéro • Paris

Réservations : 01 53 65 30 00

Du 14 au 28 décembre 2007 à 20 h 30, dimanche à 15 h

Relâches les lundi et le 25 décembre 2007

Durée : 2 h 10 sans entracte

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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