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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 15:31

Fucking Roma

 

Le collectif expérimental Dood Paard commet « Titus » six fois d’affilée au Théâtre Garonne. Version non édulcorée, s’il en est, de la sanglante pièce de Shakespeare, dont un critique de l’époque affirmait que si la pièce avait duré un acte de plus, il aurait fallu tuer les premiers rangs des spectateurs. « Titus » selon Dood Paard déroule la trame politique implacable et la bestialité de la soif de pouvoir.

 

Ils sont cinq, ils jouent tout. Tout, c’est-à-dire les seize personnages de la pièce, le décor modulable d’un salon-palais-bois en cinq actes, les apparats d’un marcel blanc sur slip remonté et chemise sur la tête. Les dits du texte aussi dans la version traduite revisitée, qui assure les non-dits et autres saloperies. Sur scène, un salon pouilleux de fauteuils défoncés, où traînent quelques linges sales, compose un tableau de fin de partie, dans lequel les acteurs vautrés ou peut-être concentrés à leur manière, entament le début du processus implacable de la tragédie de Titus.


Titus rentre de la guerre contre les Goths, vainqueur de Rome acclamé par la foule. Dans ses valises, les corps morts de ses fils, d’innombrables prisonniers de guerre, et autres butins de valeur. César est mort. Rome veut Titus empereur, les fils de César (Bassanius et Saturninus) se veulent empereur chacun pour soi. Titus est fatigué, Titus a envie de se reposer. Alors il désigne Saturninus comme empereur. Mais Saturninus veut épouser Lavinia, fille de Titus et fiancée de son frère Bassanius. S’ensuit une querelle sanglante, qui oppose Saturninus à Bassanius, les fils de Titus prenant parti pour ce dernier. Furieux d’être ainsi contrarié dans ses projets, Saturninus maudit la lignée des Andronici et épouse la reine des Goths, Tamora, la prisonnière de guerre dont Titus a sacrifié le fils à son entrée à Rome. Le jeu politique de conflits et de haines est lancé. À partir de là, l’intrigue n’aura de cesse d’entraîner les acteurs dans le processus irréversible de la vengeance et du massacre.


titus-fw.jpg


Donc, dans le salon aux sièges défoncés se libère la mécanique des crimes. Titus est une pièce dépouillée, où la métaphore du salon est le lieu de création voire le lieu d’action du collectif, comme une machine de travail. Le dénuement scénique, qui frôle le délabrement, joint à une certaine forme de nonchalance du jeu des acteurs affalés dans leurs fauteuils, marque un point de résistance. On est dans une farce politique. C’est saignant et dénudé, corrosif et incisif parce que, dans le jeu scénique grossier, les acteurs jouent la carte du caustique et du grinçant d'un humour noir ravageur. La performance théâtrale du collectif Dood Paard tient dans l’énergie reliant la sobriété scénique à la rigueur déjantée d’une farce atroce, où l’absurde des horreurs perpétrées menace de faire mourir de rire. La machinerie implacable des désirs et du pouvoir est lisible là où se révèle le texte à nu.


Si ça me fait rire, c’est que j’y trouve mon compte. Je trouve mon compte de sang, de sexe et de pouvoir dans cette pièce politique sanglante de Shakespeare, qu’il aurait écrite à 15 ans – ou pas, c’est-à-dire qu’il n’aurait pas écrite du tout, car après tout, comme ils disent, Shakespeare n’est peut-être que le nom d’emprunt d’un collectif d’artistes (comme Dood Paard, par exemple).


Dans les rets du collectif Dood Paard, le public est en face de la question ancestrale du pouvoir et de sa fascination, où l’humour noir est le vecteur d’une distanciation qui rend visible notre propre rapport au pouvoir. La férocité absurde et monstrueuse des rapports humains dans certaines situations conflictuelles, où la cruauté est l’apanage de tous, voilà ce dont on rit avec des grimaces convulsives dans Titus. Enfin, dans le final concocté par Dood Paard, vous verrez ce qu’est la commotion en chair et en os, commotion ou peut-être comme une dernière grimace au grinçant du pouvoir et de l’absurde. 


Sandrine Deumier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Titus, d’après Titus Andronicus de William Shakespeare

Compagnie Dood Paard

www.doodpaard.nl

Création, dramaturgie, mise en scène, scénographie, création son et lumière : un travail collectif de Kuno Bakker, Gillis Biessheuvel, Sara de Roo, Manja Topper, Oscar van Woensel, Coen Jongsma et Anne Karin ten Bosch

Avec : Manja Topper, Kuno Bakker, Sara De Bosschere, Oscar van Woensel et Gillis Biesheuvel

Traduction en hollandais : Manja Topper et Kuno Bakker

Traduction en français pour le surtitrage : Martine Bom

Régisseur lumière : Iwan Van Vlierberghe

Régisseur son : René Rood

Manager : Marten Oosthoek

Communication et formation : Dirkje Houtman

Théâtre Garonne • 1, avenue du Château-d’Eau • 31300 Toulouse

Réservations : 05 62 48 54 77

Contact@theatregaronne.com

www.theatregaronne.com

Du 13 au 19 décembre 2007 à 20 heures|20 h 30

Durée : 2 heures

19 € | 15 € | 11 € | 9 € | 6 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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