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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 15:29

Le mari confondu
ou la confusion volontaire


Par Nesrine Aissani

Les Trois Coups.com


George Dandin, oui, c’est bien un nom sans particule noble dont il est question ici. Ou plutôt, il est question de l’ascension d’un homme du peuple dans les hautes sphères de la bourgeoisie de l’époque. C’est un homme qui, désireux de rejoindre le cercle fermé mais ô combien hypocrite et superficiel des notables, décide de se marier avec une femme de grande famille.

Jusqu’ici tout va bien pour George Dandin. En épousant Angélique (qui ne porte pas très bien son prénom), le voilà parmi les grands ou ceux qui se proclament eux-mêmes « grands ». Néanmoins, il s’est uni avec cette jeune femme sans avoir consulté ses sentiments. Angélique ne l’aime pas. C’est une épouse exaltée par la jeunesse, dont elle revendique l’appartenance et les plaisirs qui y sont liés. Dont elle ne veut se défaire. De ce fait, elle ne peut se résigner à abandonner les flatteries et les délices de la séduction mondaine. Comportement frivole, qui rend malade de jalousie le pauvre George Dandin…

C’est avec une mélodie de Bach que la pièce commence. Le clavecin caresse joliment notre oreille quand, soudain, nous voyons un personnage chaussé de baskets de couleur jaune criard s’avancer sur la scène… Nous sommes donc avertis : nous savons déjà que le metteur en scène jouera de l’anachronisme. Le texte de Molière est respecté à la virgule près, et aucun décor ne vient troubler cette ambiance d’époque, si ce n’est peut-être la présence insolite de deux téléviseurs éteints, placés aux extrêmités de la scène… Mais, voilà que les parents de la jeune Angélique font leur apparition. C’est justement derrière ces écrans qu’on les voient converser avec leur gendre.

Rappelons que ces deux personnages, qui portent le nom très significatif de « Sottenville », renvoient à la caricature même des bourgeois du xviie siècle. Ils affichent clairement cette pédanterie grotesque, cette vanité choquante, ce mépris pour les choses du peuple, ce goût du luxe et de la belle apparence, qui caractérisent bien ce petit monde bourgeois, dont Molière a su avec brio montrer tout le ridicule. D’ailleurs, le jeu des comédiens suit superbement le mouvement comique de la pièce. Que l’on songe à Clitandre qui reprend les gestes des top models d’aujourd’hui et aux rires qui s’échappent de la salle. Cela est certain, Molière n’est pas trahi.

george-dandin-hughes-marcouyau.jpg

« George Dandin » | © Hughes Marcouyau

Quoi qu’il en soit, il faut nous attarder sur cette apparition télévisuelle. Car c’est là assurément que se trouve tout l’éclat de la mise en scène, parce que ces deux téléviseurs, qui semblaient brouiller l’atmosphère molièresque de la scène, prennent tout à coup leur signification pleine et entière en s’allumant. L’anachronisme est ici franchement artistique. Les personnages s’adressent directement au téléviseurs (et donc aux parents), comme ces objets virtuels qui s’introduisent progressivement dans nos modes de vie actuels.

Pourtant, c’est toujours le même langage châtié qui est employé. Bref, il ya de quoi nous épater. Un contraste certain qui nous rappelle à quel point la thématique de la pièce, bien qu’elle soit représentée sous les airs de la comédie de boulevard, n’en concerne pas moins les formes les plus sérieuses de la vie conjuguale et de l’adultère, du mariage de convenance ou du mariage envisagé comme moyen et non comme fin. C’est finalement, en effet, dans cette optique-là que George Dandin fait de sa vie une tragédie.

Mais l’apothéose de cette utilisation étonnante des téléviseurs reste cette transformation morphologique que les écrans font subir aux visages des deux bourgeois. En réalité, nous n’avons en face de nous des visages déformés que dans la mesure où les propos et les mœurs le sont par l’ambition démesurée et l’hypocrisie…  Bien vu ! 

Nesrine Aissani


Georges Dandin ou le Mari confondu, de Molière

Adapté par Étienne Malard

Mise en scène : Gilbert Ponte

Avec : Frédéric Laurent, Myriam Allais, Glen Hervé et Gilbert Ponte

Musiques : Jean-Sébastien Bach

Lumières et vidéos : Kosta Asmanis

Décors : Gilles Teyssier

Costumes : Lena Gousseva et Clotilde Fortin

Théâtre Douze-Maurice-Ravel • 6, avenue Maurice-Ravel • 75012 Paris

Métro : Porte-de-Vincennes

Réservations : 01 44 75 60 31

theatredouze@laligue.org

www.theatredouze.com

Du 21 novembre 2007 au 5 janvier 2008, du mercredi au samedi à 20 h 30

Du 22 novembre au 14 décembre 2007, les jeudi et vendredi à 14 h 30

Durée du spectacle : 1 h 20

Prix des places : 13 € | 11 € | 6,50 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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