Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 23:11

Faut-il jouer à Avignon ?

 

L’été dernier, pour la première fois, le Limousin était fortement représenté au Off d’Avignon. Quinze compagnies présentaient seize spectacles. Cette participation n’est pas de tout repos et exige des sacrifices… Le jeu en vaut-il la chandelle ?

 

L’aide financière et matérielle du Conseil régional a permis un tel déplacement. Le séjour dans la Cité des papes coûte cher aux compagnies. C’est la foire d’empoigne en raison de la surabondance des spectacles, et l’inflation galope quant aux tarifs de location des salles. Manger, dormir… à Avignon grève aussi sensiblement le budget de chacun. Dans cet hypermarché théâtral, le public est plutôt « paumé » pour faire un choix. C’est à qui fera la parade la plus originale ou le tract le plus surprenant ou le plus provocant afin de convaincre les quidams, plus ou moins amateurs de théâtre. Il est difficile pour les compagnies de sortir de ce séjour sans un déficit. Certaines compromettent leur avenir.


Cependant, Avignon, carrefour des professionnels, est l’occasion pour se faire connaître, et on espère toujours vendre des spectacles. Les limites sont-elles vite atteintes ? Quelles sont les réelles retombées ? Est-ce un investissement pour le moyen et long terme ? Pour tenter d’esquisser des réponses, nous avons contacté les troupes limousines participantes. Seules ont répondu la Cie du Dagor, O’Navio Théâtre, la Cie des Indiscrets, La Passerelle, la Cie Caméléon, la Cie Envers du décor, le Bottom Théâtre, La Java des gaspards et la compagnie briviste Lemur Kata. Le directeur d’Expression 7 n’a pas souhaité « jouer le jeu », considérant que les bilans que l’on peut fournir aux uns et aux autres sont « bidonnés » et que les compagnies sont sous la pression des tutelles…


Très rares sont les compagnies qui ont équilibré leurs comptes. Toutefois certains déficits peuvent être des investissements si les options de spectacles vendus se confirment. La Passerelle, avec Histoire de Marie, qui a rassemblé le plus grand nombre de spectateurs (1 884 dont 1 516 payants), a enregistré cette année un déficit de 6 121,54 €. Voici d’autres exemples : Lemur Kata pour Aux hommes de bonne volonté, 692 entrées et déficit de 3 664 € ; Cie du Dagor pour l’Œil de l’ornithorynque, autour de 450 entrées, défit estimé à 5 000 € ; Bottom Théâtre pour le Groenland, 705 entrées, déficit environ 15 000 € ; La Java des gaspards pour l’Avare, 974 entrées, déficit de 18 200 € ; Cie Camélaon pour la Remise, 340 entrées, déficit de 5 000 €…


La capacité des salles va du simple au triple : 80 à La Manufacture (Bottom Théâtre), 29 à l’espace Alya (O’Navio Théâtre), 100 au Théâtre des Lucioles (Java des gaspards), 50 au Théâtre des Halles (Cie Envers du décor)… Les budgets varient sensiblement d’une compagnie à l’autre, en fonction de leurs moyens et du spectacle programmé : 40 000 € pour le Bottom Théâtre, 17 000 pour les Indiscrets, 18 000 € pour O’Navio Théâtre, 36 400 € pour la Java des gaspards, environ 30 000 € pour la Cie du Désordre, 17 000 € pour la Cie Caméléon, 15 400 pour Envers du décor.


Les professionnels ont-ils été au rendez-vous ? Trois cent cinquante ont été accueillis par le Bottom Théâtre et des options ont été posées pour 12 représentations ; une centaine par les Indiscrets (pas de promesse d’achat) ; 65 par O’Navio Théâtre (une bonne moitié a signifié directement un intérêt pour le spectacle) ; 123 par La Java des gaspards ; 15 par la Cie Camélon (3 dates à Nancy pour 2008) ; 95 par Envers du décor (avec plusieurs promesses de vente).


Finalement, est-ce vraiment indispensable d’aller à Avignon ? Pour le Bottom Théâtre ce séjour lui a permis de rencontrer les professionnels et de sortir de son « isolement » corrézien, de tisser des liens avec d’autres artistes, de consolider son propre réseau de professionnels. La Cie Lemur Kata déplore la baisse générale du nombre de spectateurs. Selon les Indiscrets, « les conditions se détériorent d’année en année ; jusqu’où cela va-t-il aller ? C’est de plus en plus difficile de vendre ses spectacles ». La Java des gaspards commence à douter : « Notre compagnie est présente tous les ans depuis 1998. Forts de cette expérience, nous nous interrogeons fortement sur notre présence lors du prochain Off d’Avignon. En effet, s’il est vrai que le Off reste un vecteur important de promotion des spectacles auprès des professionnels, il n’en reste pas moins un lourd investissement humain et financier. Les artistes sont présents pendant environ un mois. Nous ne sommes malheureusement pas en mesure de les rémunérer et ils ne peuvent assurer aucun travail salarié avec une autre structure pendant cette période. Le coût pour la compagnie est plus que significatif. Afin de couvrir les frais, il est nécessaire de réaliser une marge importante sur la vente des spectacles. Le prix de vente s’en ressent donc nettement. En l’absence de participation au Off, le prix de vente pourrait être fixé à un montant bien inférieur et permettre, peut-être, une diffusion plus large. Le débat entre “investissement” et “retour sur investissement” reste à ce jour ouvert au sein de notre compagnie. »


Chacune des compagnies est reconnaissante de l’aide conséquente du Conseil régional . À celle-ci s’ajoutent 15 000 € de mécénat pour O’Navio Théâtre ; 2 000 € du conseil général de la Corrèze (pour la communication) et 10 000 € de Leader+ | Pays de Tulle pour le Bottom Théâtre. Une subvention coproduction Théâtre de la Grange de 2 592 €, une aide du conseil général de la Corrèze de 800 € et des fonds propres de 4 255 € pour la Cie Lemur Kata.


D’une façon générale, il semble que le Off d’Avignon ait besoin de se réformer, de freiner le nombre croissant de spectacles, d’offrir de meilleures conditions de travail aux compagnies, d’inciter les propriétaires des lieux de spectacle a plus de modération dans leurs tarifs de location… À notre avis ces améliorations ne sont pas pour demain… 


Jacques Morlaud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Rechercher