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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 17:48

Spacibo ! (« Merci »)

 

« Déjà vu » est un spectacle qui se compose de deux parties sans lien apparent entre elles : une pièce de trois quarts d’heure et une pièce d’une heure et demie, toutes les deux jouées en russe, et traduites pour le plus grand plaisir des non-russophones.

 

La représentation en russe est un pari audacieux, qui procure la grande satisfaction de voir se produire des acteurs étrangers dans le texte original. On dispose donc d’une oreillette qui permet d’entendre la traduction en simultané. Si cette pratique est à encourager, elle comporte quelques dangers. Efficace et audible sur la première partie, la traduction est moins nette sur la deuxième, au cours de laquelle les acteurs haussent le ton. Ce problème est encore accru lorsque l’acteur, le traducteur et la vidéo s’expriment au même moment : de sorte qu’on finit par ne plus trop savoir où donner de l’oreille…


Au-delà de l’aspect technique, la première partie repose sur une idée originale et cocasse, développée de manière linéaire et relativement limpide. Même si le final peut sembler maladroit, c’est un savoureux moment théâtral, dans un décor parfaitement approprié. La deuxième partie apparaît, quant à elle, un peu plus complexe. On passe en effet dans un autre registre, qui est celui du théâtre de l’absurde, où la lisibilité est beaucoup moins grande. L’illisibilité est même de rigueur, travaillée au maximum pour créer un lieu indéterminé, dans lequel le spectateur d’abord curieux puis dérouté, puis perplexe, se perd.


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Influencé par la première partie, on cherche à recréer une histoire, à partir de pistes qui sont finalement des impasses… Ainsi, subit-on les épreuves de la quête de sens, auquel l’homme est confronté de manière fondamentale, du rapport à l’autre et de la difficulté à communiquer. Pour ce faire, toutes les techniques de brouillage sont utilisées, l’auteur se jouant de ses personnages comme du public, à l’image d’un créateur capricieux et énigmatique.


Le but de cette expérience un peu métaphysique est atteint, mais elle implique une réflexion « posttraumatique » d’ordre philosophique, tendant à rassembler les pièces du puzzle… Heureusement, cette deuxième partie, à l’image de la vie, offre aussi des satisfactions : l’utilisation intéressante de la vidéo ou la qualité de jeu des acteurs, qui sont pleins d’énergie et bien ancrés dans leur rôle.


L’enchaînement de ces deux pièces est assez long, d’autant que la salle n’est pas suffisamment chauffée. Mais leur association n’est pas dénuée d’intérêt : les préoccupations de l’auteur, fortement liées aux frontières de la vie, sont traitées différemment dans les deux parties. Ainsi, la première prépare à la deuxième, qui en constitue en quelque sorte l’antichambre. À vos méninges, donc ! 


K. R.

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Déjà vu, de Natacha Chapochnikova

Théâtre du Drame-Contemporain de Moscou

Mise en scène : Mikhail Gorevoy

Avec : Serge Chekhovtsov, Igor Evtouchenko, Vlad Demchenko, Rodin Yurin

Musique : Gleb Matveitchuk

Peinture de l’affiche : Konstantin Loguinov

Adaptation du texte : Mikhail Polovinkin

Lumière : Iirina Tikhonova

Son : Konstantin Samarov

Régisseur du plateau : Svetlana Simakova

Machiniste : Pavel Chernichov

Direction : Ayrat Tukhvatullin

Café de la danse • 5, passage Louis-Philippe • 75011 Paris

Réservations : 01 47 00 57 59

9 et 10 décembre 2007 à 21 heures

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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