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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 17:26

Un drôle de piaf


Par Franck Bortelle

Les Trois Coups.com


Une audition qui démarre très mal. Avec un pianiste qui s’en tamponne. Mais une candidate très motivée même si parfois très désabusée. Et qui chante très bien. Résultat : un spectacle très drôle et très réussi.

Arlette, comme la môme de Jean Ferrat, elle joue pas les starlettes. Engoncée dans un imperméable marron, elle déboule sur la scène avec son Caddie, façon Zezette dans Le Père Noël est une ordure, la classe et surtout la voix en plus. La touchante bonhomie de ce bout de bonne femme nous séduit déjà. On y sent de la sincérité… Elle vient passer une énième audition, qui n’a pas de raison de mieux tourner que les dizaines qui ont précédé. Mais elle connaît son métier et elle y croit encore… Le masque tombe en même temps que le pardessus. Et en dessous…

Pendant plus d’une heure et demie, elle va prouver à un zigue qui pianote pour tuer le temps plus que pour écouter cette « cinglée » – comme il l’appelle – qu’elle a peut-être l’espoir en friche, mais pas la voix et encore moins la motivation.

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Cabaret, twist, comédie musicale, rock, chansons réalistes : tout va y passer. Edwige Bourdy a plus d’un tour dans son chariot pour séduire. Elle enchaîne les numéros avec une confondante aisance, offrant quelques digressions souvent fort drôles (le sketch de l’escabeau est à se taper le cul par terre), le tout harmonisé par une présence vocale hors du commun. On lui sait gré, de plus, de ne pas nous en mettre plein les esgourdes. Au contraire, son timbre de soprano modulable à l’infini s’approprie n’importe quelle chanson, de America de West Side Story à Like a Virgin de Madonna, de Bravo pour le clown de Piaf aux Histoires d’A. des Rita Mitsouko, sans qu’il lui soit besoin d’en faire des caisses.

Entre chaque titre, le dialogue se noue avec ce « sous-Clayderman » (pas si manche que ça d’ailleurs). L’occasion de balancer quelques bonnes vérités fort drôles sur ce merveilleux milieu de la scène, où les directeurs de casting ultrablasés se comportent comme d’authentiques sagouins. Quelques jolies phases d’émotion (dont le final, bouleversant) ponctuent par ailleurs ce show, dont la mise en scène de Caroline Loeb permet de mettre en valeur cette voix extraordinaire, tellement loin des vagissements inexpressifs de poupées interchangeables qui sévissent depuis des années sur toutes les ondes. 

Franck Bortelle


L’Oiseau rare

Conception et mise en scène : Caroline Loeb

Textes : Caroline Loeb et Yves Coudray

Avec : Edwige Bourdy et Gilles Baissette au piano

Lumières : Caroline Loeb en collaboration avec James Angot

Chorégraphies : Philippe Chevalier et Cécile Proust

Théâtre Ranelagh • 8 bis, rue des Vignes • 75016 Paris

Réservations : 01 42 88 64 44

À partir du 6 décembre 2007

Du mercredi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 30

32 € | 24 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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