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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 16:51

Quel bazar !

 

Mai 1968, le cinéma « Nouvelle Vague », la libération sexuelle, Jean Eustache, « la Maman et la Putain », c’est tout une époque. Aujourd’hui, si nous reprenons le scénario et les dialogues de « la Maman et la Putain », cela nous évoque-t-il encore quelque chose ? C’est le pari d’Olivier Rey. Il a avec lui une équipe motivée, jeune et une heure et quarante minutes pour nous convaincre. Pari tenu.

 

Alexandre est amoureux de Gilberte, vit avec Marie et a pour maîtresse Véronika. Marie sait qu’Alexandre a pour maîtresse Véronika, elle en souffre et l’accepte. Elle aime Alexandre et badinera avec Véronika. Véronika connaît Marie, s’éprend d’Alexandre. Gilberte, qui à vécu une histoire d’amour avec Alexandre et sera déçu par son comportement, épouse Philippe, par « raison » plus que par amour. Le doute est le sentiment le mieux partagé par les personnages. Pour nous entraîner dans le film de leur vie, nous avons une alternance de monologues, des rencontres, de l’incompréhension, de la souffrance. Le tout dans le désordre de la chambre et le brouillard de la fumée de cigarettes.


L’histoire se situe, physiquement, principalement dans une pièce d’appartement. Elle évoque celle d’un étudiant, tout à la fois pièce à vivre et chambre. J’ai ressenti une atmosphère jeune. Je l’ai retrouvée tout au long du spectacle dans l’abondance d’alcool et de cigarettes comme dans la gestion à vue du son, des lumières et des décors. Cela donne une sensation de tout vouloir à la fois, d’être comme boulimique de lieux ou de situations. Nous sommes dans un aéroport, dans la rue, dans une boîte de nuit, dans une chambre… Le décor change astucieusement du tout au tout grâce à un rideau, des lumières et une bande-son.


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« la Maman et la Putain » | © Johann Trompat


Le jeu des comédiens, jeunes eux aussi, mais pas sans talent pour autant, nous convainc de leur sentiment. Ainsi, Marie est magnifique de patience et d’abnégation. Véronika, elle, nous paraît sincère dans sa folie. Et puis nous rencontrons la douleur d’Alexandre, perdu dans la vie comme un enfant dans la forêt. Enfin, il y a Gilberte qui s’oublie, qui raisonne et nous pouvons nous demander si cela est mieux ainsi. Au fait, pourquoi Véronika et Gilberte ôtent-elles leur perruque à la fin ? J’espère que ce n’est pas pour se mettre à nu ou pour nous faire comprendre l’universalité du propos, parce que j’aime bien les ellipses au théâtre, par comparaison au cinéma.


Le tumulte des relations, l’excès de tout et les illusions nous embarquent. Le propos n’a pas vieilli. Le traitement, en revanche, peut-être. Par exemple, le sida est une réalité qui a fait changer le rapport à la liberté sexuelle. Quant à la cigarette, elle est interdite dans les lieux publics et n’a plus le même sens qu’il y a trente ans. Mais les difficultés relationnelles, et des relations amoureuses en particulier, sont les mêmes. Notre quotidien connaît toujours la peur de l’engagement. En outre, nous avons intégré les modifications comportementales que nous a apportées Mai 1968, comme se « réaliser », être autonome, « rester soi », être attentif à ses désirs. Cela ne facilite pas toujours les relations à l’être aimé. Alors, en sortant, un trouble subsiste lorsque nous transposons le spectacle à nos relations, à notre vie, à nos amours. Un ami qui m’accompagnait ne cessait de me répéter en sortant : « C’est le bazar, les relations humaines, comme sur scène, comme dans leur chambre. »


Finalement, Bérénice, Titus, Antiochus, Alexandre, Marie, Véronika, Gilberte ont, certes, des histoires qui diffèrent, mais, finalement, mènent le même combat. 


Esther Mano

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Maman et la Putain, de Jean Eustache

Mise en scène : Olivier Rey

Avec : Carl Miclet ou Sylain Bolle-Reddat, Mahaut d’Arthuys, Marianne Pommier, Magali Bonat

Lumières : Manuela Mangalo

Son : Juliette Galamez

Et pour la reprise 2007 :

Son : Emmanuelle Rubin

Lumières : Magali Larché

Costumes : Nadège Joannès

Régie générale : Nicolas Combasson

Première version à L’Élysée à Lyon en 2003

Production Théâtre Les Ateliers

Théâtre Les Ateliers • 5, rue du Petit-David • Lyon

04 78 37 46 30 | télécopie : 04 72 41 93 02

contact@theatrelesateliers-lyon.com

www.theatrelesateliers-lyon.com

Du 27 novembre au 6 décembre 2007 et du 11 au 21 Décembre 2007 à 19 h 30, 20 h 30

Réservations et ventes au 04 78 37 46 30 ou à l’accueil du Théâtre Les Ateliers

Durée : 1 h 40

20 € | 18 € | 14 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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