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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 21:17

Entre deux mondes, entre deux impressions

 

Trois femmes-symboles, dans un univers aquatique qui leur appartient. Mais où sommes-nous vraiment ? Entre deux mondes, entre l’au-delà et la vie, coincés sur une petite île, à la merci de ces trois femmes. Le public sera sauvé, puisque observant le rituel à distance respectueuse. Cependant, deux autres personnages, le fou et l’hidalgo sont eux bel et bien pris dans les filets de ces trois sorcières grotesques et dangereuses.

 

La mise en espace est claire et judicieuse. Trois lieux caractéristiques des nymphes (car ce sont des nymphes vieillissantes et destructrices) permettent de distinguer la couturière, de la veuve, de la commère. Les décors sont soignés, avec des mentions spéciales pour la machine-coquillage et la robe-linceul. Dès son entrée en salle, le spectateur est entraîné vers un univers parallèle grâce, notamment, à la fumée parfumée, qui épaissit l’air et attise son odorat (sens sous-exploité au théâtre). La mise en scène, le jeu des acteurs ainsi que le texte cherchent à nous diriger vers la face noire et dionysienne du théâtre, représentant débauche, sexe, désir et mort à travers le plaisir et le jeu. Mais à trop avoir un but en tête, on perd le chemin pour l’atteindre.


Entre fable, mythe et récit à intrigue, la pièce ne trouve jamais complètement son terrain dramatique. Les références abondent, sans que je puisse ancrer mon imaginaire dans ce récit spécifique. La mise en scène réussit à créer un monde singulier, mais l’écriture s’agrippe à des morts illustres sans voler de ses propres ailes. Peut-être aurait-il fallu laisser de côté la progression dramatique pour se concentrer uniquement sur l’aspect poétique du texte, afin de dépeindre pleinement ce demi-monde et ces personnages en proie au doute face à la vie, au désir, et à la mort ?


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« La Veuve, la Couturière et la Commère » | © B.-M. Palazon


Les scènes les plus réussies s’éloignent donc de la trame dramatique, nous permettant de contempler de frappantes images théâtrales. Ainsi, le monologue « de la mouette » est un de ces instants où je me suis surprise à rêver, et à être happée par le récit de l’hidalgo (Philippe Fenwick). Le tableau final, lui aussi, est une vraie réussite en matière d’iconographie théâtrale, avec une vision de la mort ritualisée, choquante et étrangement poétique. Entre ces tableaux saisissants, le temps est souvent perdu avec des tentatives de farce, qui ne volent jamais très haut, ou bien avec des crises d’hystérie de la part des trois femmes, qui dégénèrent en concours de cris stridents.


Concernant les personnages, les caractérisations sont précises, mais parfois trop schématiques. L’on comprend que ces trois femmes n’en forment finalement qu’une, mais faut-il pour autant rendre chaque personnage si monolithique ? Les actrices défendent leurs personnages avec énergie, mais il me semble que l’absence d’ambiguïté dramatique les oblige à surjouer, à surenchérir leurs rôles déjà trop définis. Le personnage du fou, lui aussi, pêche par une absence de subtilité. Parmi ces personnages trop investis de symbolisme, l’hidalgo se démarque par son ambiguïté, sa dimension plus humaine et tourmentée. Ce serait donc la voie de l’hidalgo qu’il faudrait suivre, afin de créer une poétique de l’amour et de la mort, avec une résonnance qui dépasse l’anecdote chez le spectateur en soif d’images et de sons percutants pour abreuver son imaginaire. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Veuve, la Couturière et la Commère, de Charlotte Escamez

Théâtre de l’Étreinte • Cie Philippe-Fenwick - William-Mesguich

4, rue Mariton • 93400 Saint-Ouen

09 60 17 20 21 | 06 63 88 24 59

cieletreinte@yahoo.fr

Mise en scène et lumières : William Mesguich

Avec : Agathe Alexis, Anne de Broca, Philippe Fenwick, Zbigniew Horoks, Michèle Simonnet

Collaboration artistique : Charlotte Escamez

Son : Jacques Cassard

Costumes : Alice Touvet

Décor : François Marsollier

La Veuve, la Couturière et la Commère est publiée aux éditions L’Œil du prince

Théâtre de l’Atalante • 10, place Charles-Dullin • 75018 Paris

latalanteciedesmatinaux@yahoo.fr

Réservations : 01 46 06 11 90

Du 14 novembre au 22 décembre 2007

Lundi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20 h 30 et dimanche à 17 h

18 € | 13 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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