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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 19:58

Un corps, que de mots !

 

Un homme qui raconte son corps et un corps qui raconte une vie. Voici le texte écrit par Raymond Federman et dont le narrateur est Federman lui-même.

 

Une oreille ouverte au monde extérieur et l’autre pour celui de l’intérieur. Des cicatrices qui se souviennent. Des yeux pour nommer ceux des autres. Des cheveux qui tournent à l’obsession et des orteils personnifiés. Un texte poétique et dense qui conte détails et silence. Ce regard porté sur ce corps, ses craintes et ses victoires, engendre dérision, humour, tendresse et absurdité. Dans cette mise en scène, le comédien est accompagné par deux musiciennes. Elles sont, en plus des spectateurs, les premiers bourreaux de cet homme, qui étale son intimité et ses défauts.


La musique se transforme souvent en univers sonore, qui illustre le texte : « J’avais toujours le nez qui coulait et reniflais beaucoup […] », « le dentiste entretemps s’est mis à buriner ma molaire […] »… Le texte décrit ainsi des scènes quotidiennes parfois grinçantes, parfois absurdes, mais que chacun à pu vivre. Plutôt qu’apporter une matière supplémentaire, ces illustrations sonores évoquées plus haut ont coupé court à mon imagination. À l’inverse, quand les musiciennes prennent place et laissent libre cours à leur interprétation, le spectateur a la possibilité de s’évader et de penser que cette musique, aussi, est une parole du corps.


mon-corps-en-neuf-parties-fw.jpg

© Olivier Roller


Le comédien se trouve sur une scène du genre cabaret (ampoule rouge, tabourets en métal, musique…) afin, peut-être, de souligner l’exposition d’un être et d’une histoire face au public. En outre, comédien et musiciennes n’exploitent ou ne mettent en jeu aucune particularité physique. En d’autres termes, aucun personnage n’investit leur corps. Je pense qu’un homme qui dévoile ses pieds sur scène m’aurait bien plus intriguée que voir les pieds du comédien. Le corps ne joue pas avec les éléments scénographiques. J’ai pu, par exemple, réaliser que l’espace de jeu au sol était délimité par un miroir seulement vers la fin du spectacle, quand le comédien joue avec, en s’y regardant pour la première et la dernière fois. Bien que le corps soit la cause et la conséquence du texte, celui de l’acteur ne semble ni engagé ni en retrait, il n’est pas un outil de jeu, plutôt un accessoire.


J’ai trouvé que ce flou dans les personnages appauvrissait leurs échanges et leurs possibilités de jeu. Les musiciennes ne pouvaient donc que simuler leur relation au comédien et leur présence sur scène. Ces différentes scènes, d’ailleurs, presque toutes présentées de la même façon durant le spectacle, ont installé une monotonie dans mon propre corps. Il me semble pourtant que le texte vacille entre le désir, l’irrémédiable, l’instinct et l’intime. Peut-être ont-ils choisi d’effacer le jeu pour mettre en valeur la parole de ce corps. J’aurais cependant souhaité qu’ils choisissent de représenter plutôt que de décrire des situations. Sans un parti pris qui trace le temps du spectacle, je ne pense pas que la scénographie, les jeux de lumière ou la musique aient suffi à la mise en scène du texte. 


Elsa Guérineau

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Mon corps en neuf parties, d’après Raymond Federman

Compagnie théâtrale Müh • 22, rue Marceau • 38000 Grenoble

04 76 17 19 90

cietheatrale.muh@wanadoo.fr

Jeu : Stéphane Müh

Saxophone et chant : Crystel Chiaudano

Saxophone : Babette Hérault

Accompagnement artistique : Jean-Pierre Hollebecq

Scénographie et costumes :Susana Machado

Théâtre 145 • 145, cours Berriat • 38000 Grenoble

Réservations : 04 76 49 53 39

infos@theatre145.com

Du mardi 27 novembre au samedi 1er décembre 2007 à 20 h 30

Tarifs : 6 € | 10 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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