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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 16:33

Est-ce qu’un Marthaler,
c’est un Maeterlinck ?

 

Il y a foule à l’Odéon ce soir et le somptueux théâtre nous accueille dans ses dorures et ses rouges flamboyants neufs. Nouvellement embelli, l’édifice enchante par sa richesse et ses représentations à gros budget. Il nous promet dès notre entrée une pièce de théâtre mémorable. Dans la salle, comme à l’accoutumée, le brouhaha continu s’étend de tous côtés. Il est 20 h 30, les lumières descendent. Un décor engageant, original, chasse le bruit et fixe les regards avides. Un atelier de confection vétuste du début du xxe siècle s’impose.

 

« Devinette : “Qu’est-ce qu’un Maeterlinck ? Réponse : c’est un Marthaler !” », prétend le metteur en scène. Avouez quand même qu’il faut être fort en devinettes pour comprendre où veut nous conduire Christoph Marthaler le metteur en scène ! Et comme je ne suis pas forte en devinettes, je vous pose la question ! Est-ce qu’un Marthaler, c’est un Maeterlinck ?


Qui est Maurice Maeterlinck ? Est-ce un dramaturge ? un poète ? un essayiste ? Vous avez deviné ! Né à Gand le 29 août 1862, cet individualiste forcené, passionné de botanique, renonce très vite à embrasser une carrière d’avocat. La littérature sous toutes ses formes devient sa raison de vivre.


Huit machines à coudre rangées les unes à côté des autres et quatre ouvrières à leur table de travail apparaissent. Tout autour, des tissus en vrac sur une table, que deux personnes regardent inlassablement ; un piano contre un mur ; un pianiste ; un homme debout, tenant de ses deux bras un gros verre cylindrique ; des patrons à l’allure directive, le regard méprisant, jaugeant les exécutantes. Un autre homme assis sur une chaise à l’air de n’attendre personne. Il tirera de temps à autre le bas de son pantalon avec un tremblement intenable.


maeterlinck-fw.jpg

© Phile Deprez


Statiques et laissant s’écouler les minutes, les neuf comédiens consentants attendent immobiles. Quand enfin le vrombissement des machines déferlent sur nos têtes, lorsque enfin un mouvement, un signe de vie nous parvient, quand par bonheur la voix d’un des imitateurs émet un son à peine perceptible, il s’est passé plus de vingt-cinq minutes montre en main. Une des couturière abdique, d’ailleurs, en tombant à terre électrocutée ! Alors, les spectateurs, n’en pouvant plus, désertent sans scrupules le beau navire. D’abord par deux, puis par trois, puis par vagues. Il me faut revenir à la scène et composer avec des visages ahuris, des corps empruntés, mécaniques, il me faut percevoir un Maeterlinck par bribes, au hasard de quelques mots, le tout amorti de quelques notes jetées çà et là, sur un air de Purcell (Didon et Énée), une messe de Satie ou encore la Nocturne de Mozart. Cette insolence des morts, face à l’indolence des vivants aurait dû ranimer des fantômes.


N’ayant pour toute nourriture que des phrases coupées, des pantins articulés courent après un auteur, en anglais, en allemand, en néerlandais et en français surtitrés. Nous avons sous nos yeux un drame, un pastiche dada, peut-être une comédie musicale ou bien un show télévisé semi-burlesque, semi-dramatique. Qui sait ? L’expression des visages des acteurs, leurs soupirs, leurs froncements de sourcils et leurs bouches ouvertes proférant des vulgarités gratuites auraient dû améliorer le sort des vivants ! Nous avons croisé des spectres vengeurs !


« La haute poésie, à la regarder de près, se compose de trois éléments principaux : d’abord la beauté verbale, ensuite la contemplation et la peinture passionnées de ce qui existe réellement autour de nous et en nous-mêmes, c’est-à-dire la nature et nos sentiments, et enfin, enveloppant l’œuvre entière et créant son atmosphère propre, l’idée que le poète se fait de l’inconnu, dans lequel flottent les êtres et les choses qu’il évoque, du mystère qui les domine et les juge et qui préside à leurs destinées », déclare Maeterlinck.


Qu’en est-il dans ce spectacle ? Qu’en est-il du retour sur la scène des littérateurs ! À quand la Princesse Maleine, à quand les Aveugles, à quand Pelléas et Mélisande, à quand l’Intruse, à quand Maeterlinck au théâtre… ? 


Martine Amsili


Maeterlinck, d’après Maurice Maeterlinck

Production NTGent • Amsterdam • Hollande

En coproduction avec L’Odéon-Théâtre de l’Europe et Stadsschouwburg Amsterdam

Mise en scène : Christoph Marthaler

Dramaturgie : Koen Tachelet, Koenraad Raeymaekers

Avec : Marc Bodnar, Wine Dierickx, Altea Garrido, Rosemary Hardy, Hadewych Minis, Frieda Pittoors, Graham F. Valentine, Steven Van Watermeulen

Scénographie : Frieda Schneider, Anna Viebrock

Réalisation costumes : Sarah Schittek

Création lumière : Dennis Diels

Piano : Bendix Dethleffsen

Direction musicale : Rosemary Hardy

Théâtre de l’Europe-Odéon • place de l’Odéon • 75006 Paris

Réservations : 01 44 85 40 40

Du 27 novembre au 4 décembre 2007 à 20 heures

Durée : 2 h 15 (sans entracte)

30 € | 22 € | 12 € | 7,50 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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