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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 00:40

Un corps affligé en pièces divertissantes

 

La compagnie Théâtre Octobre, fondée en 1993 par Didier Kerckaert et Jean-Pierre Duthoit, exerce à Lomme, ville partenaire, où la compagnie dispose d’un théâtre Les Tisserands. La compagnie engage sur le terrain des actions de sensibilisation, établit la programmation du théâtre et s’attache à favoriser le répertoire contemporain. Jusqu’à ce jour, seize créations ont permis de découvrir leur travail. Cette fois, la compagnie s’empare du titre du roman de Raymond Federman, « Mon corps en neuf parties », et puise dans son œuvre littéraire pour réaliser une pièce puzzle. Raymond Federman est de ces hommes que la vie n’épargne pas, seul rescapé d’une famille juive décimée dans des camps de concentration.

 

« Quand on survit à ce que je nomme l’impardonnable énormité du xxe siècle, soit on se suicide comme Primo Levi, soit on éclate de rire devant la grande connerie humaine. En règle générale, j’aime faire rire le lecteur, faisant mienne la phrase de Beckett : “Rire ou pleurer, c’est la même chose à la fin”. »

Raymond Federman


Ces textes pétris pour la scène par la compagnie ne se jouent pas de manière linéaire, ni en continuité chronologique. Il s’agit de fragments de textes que l’on perçoit comme la vie de Raymond Federman, de l’histoire de sa vie, comme le dit un personnage, une fiction autobiographique, et, donc, un personnage autre appelé Namredef. L’atmosphère, l’ambiance, l’esprit de la pièce des pièces, du puzzle en somme, reposent sur les pensées de Raymond Federman citées au préalable : rire ou pleurer, c’est la même chose à la fin. Dans ce puzzle de la vie de Federman, de Namredef, alternent des pièces graves ou comiques dans un jeu délirant, riant, enthousiaste.


mon-corps-en-neuf-parties-fw.jpg

Raymond Federman © Olivier Roller


Les comédiens évoquent aussi la guerre. Car Namredef l’a vécue, en a été meurtri et sauvé grâce à un placard où sa mère l’a caché ; les parents ont été tués. On parle de nazisme, de pétainisme, de Résistance – essentiellement composée de juifs, de marxistes, de communistes –, de l’écrivain bouffeur de nouilles, d’une stupide éditrice très chaude, de la belle tante Rachel, du massacre de sa famille, du jeune puceau, dont le vermisseau est tombé dans des mains agitées, des étonnants États-Unis, de la vie à la ferme, des orteils, dont l’un engage une réflexion psychanalytique, de cheveux à la romaine, des tribulations du sexe…


Cinq comédiens, joyeux lurons, jouent un jeu particulièrement décalé et humoristique. Namredef parle de son corps, comme si la tête en est détachée. Parfois, le personnage est incarné (je), raconté (il), commenté. La scène est couverte de peu d’objets, qui ne suggèrent pas vraiment un lieu, mais qui servent singulièrement le jeu. Les comédiens ne jouent pas toujours ensemble, le personnage peut être pris en charge par un seul, les autres le regardant jouer. Les costumes font penser à un vieux groupe de rock sur le retour. Quant à la relation entre les personnages, on peut imaginer ce que l’on veut, une famille de « oufs », qui aurait trop bouffé de Federman.


Dans l’ensemble, on passe une soirée divertissante, où le spectateur rit beaucoup des histoires concernant le sexe, bien portées par les corps des comédiens. La pièce est jouée depuis début novembre, le nombre des spectateurs a doublé, preuve qu’elle intéresse. En outre, le Théâtre Octobre peut susciter l’envie de découvrir la littérature, on irait bien faire un tour du côté de Federman. 


Christine Trolet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Mon corps en neuf parties, de Raymond Federman

Théâtre Octobre • 60, rue Victor-Hugo • 59160 Lomme

03 20 22 05 05

theatre-octobre@wanadoo.fr

www.theatre-octobre.com

Mise en scène : Didier Kerckaert

Avec : Julie Chaubard, Marie Denys, Jean-Pierre Duthoit, Gérald Izing, Philippe Polet

Création lumière : Manuel Bertrand

Scénographie et costumes : Véronique Lambert

Musique et chants : Nicolas Dhondt

Production/diffusion : Bertrand Paget

Théâtre Les Tisserands• 60, rue Victor-Hugo • 59160 Lomme

03 20 22 05 05

Du 7 novembre au 1er décembre 2007 à 20 h 30

Relâches les dimanche, lundi et mardi

En tournée dès décembre 2007 :

– Aire-sur-la-Lys - Pas de Calais

– Bienne - Suisse

– Saint-Étienne - Loire

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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